Retour TéléchargerLes pratiques religieuses ...
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Dialogues G.R. : on parle toujours de la religion chrétienne, de la religion catholique, musulmane, etc. Est-ce qu’on peut se faire une idée de ce qu’est « être chrétien », par exemple ? G.S. : vous pourriez ajouter que, pour beaucoup de gens, « chrétien » cela veut dire « catholique ». G.R. : c’est vrai, on n’entend presque jamais « Que pensent les chrétiens de telle ou telle chose ? » mais « Que pense l’Église ? », l’Église signifiant dans leur esprit « l’Église catholique romaine ». L’ennui de cette confusion est que l’on arrive alors à des croyances selon lesquelles pratiquer sa religion consiste forcément à obéir à quelqu’un, fût-il le pape ; voyez par exemple cette question : Pourquoi les religions ne pensent qu’à interdire, à obliger, à punir ? G.S. : si j’avais votre internaute questionneur en face de moi, je lui dirais aussitôt : si c’est ainsi dans votre religion, quittez-la vite, vous verrez que, dans beaucoup d’autres, ce n’est pas du tout le cas. G.R. : au fond, cette question nous suggère, peut-être, que cet internaute ne voit pas bien pourquoi on devrait avoir une religion. G.S. : je ne sais pas pourquoi « on devrait » en avoir une ; en ce qui me concerne, lorsque je suis prêt à tout envoyer promener et à me dire tout banalement « athée », je repense aux paroles et aux actions de Jésus qui, de la part de son Dieu, réhabilitait, renouvelait, guérissait, redressait les hommes et les femmes qui n’en pouvaient plus. J’aime son dynamisme créateur, l’esprit de fraternité et de paix qui l’animaient. Et je ne voudrais pas plonger dans la banalité des idées uniquement habituelles, « normales», sans génie, sans utopie, des athées. G.R. : des religions, il y en a des centaines ; est-ce une spécificité protestante que de créer une nouvelle religion dès qu’on refuse un point particulier de doctrine ? G.S. : n’allons pas jusque-là ! D’abord ce n’est pas spécifiquement protestant, il y a toujours eu des courants, des tendances dans le christianisme comme dans toutes les idéologies : il y a eu les antitrinitaires, les gnostiques, les cathares, les partisans de Jean Huss, etc. Ce qui a été nouveau avec la Réforme est que, pour différentes raisons, les idées nouvelles protestantes se sont répandues comme un feu dans toute l’Europe. L’idée centrale du protestantisme est de renoncer à l’unité au profit de la libre recherche de la vérité. G.R. : finalement, ne pourrait-on se faire une religion à soi, en ne gardant que ce qui semble le meilleur de chacune ? G.S. : mais c’est exactement ce qu’on fait, chacun n’utilise en réalité, et sans le dire, que ce qui lui convient dans l’hypermarché de sa religion ! Les hommes ont besoin de spiritualité, d’élévation de pensée, de recherche d’éthique, de valeurs. Et de toutes les façons et à toutes les époques, les hommes en susciteront. G.R. : j’ai envie de dire : « et Dieu, dans tout cela ? » Si l’on y croit, est-ce qu’on n’est pas obligé de se demander ce qu’il pense des différentes pratiques religieuses. G.S. : Dieu accepte-t-il toutes les religions, c’est cela que vous me demandez ? Mais Dieu ne regarde pas les religions, ni la couleur de la peau. Il regarde seulement l’amour que l’on a manifesté pour son prochain. Pour aller plus loin Que dire de la pratique religieuse au XXIe siècle ? Et est-ce que l’athéisme n’est pas la religion qui progresse le plus à l’heure actuelle ? Il est permis de se poser ces questions, mais il ne faut pas se contenter d’une impression superficielle. Effectivement, il y a une trentaine d’années, l’athéisme était certainement majoritaire et en progression constante, mais les choses ont énormément changé. Certes la pratique religieuse est tombée à environ 5 à 7 % dans toutes les religions officielles, mais actuellement les rayons des librairies et même des supermarchés regorgent de livres et de journaux de spiritualité. Les groupes, les stages, les week-ends de spiritualité se multiplient (il est vrai qu’il s’agit en général d’une religion « pas très catholique »). Jamais, depuis le XVIe siècle, on n’a autant parlé de spiritualité. Autre exemple : des journaux comme Libération, encore très athées et même anticléricaux il y a à peine dix ans, parlent maintenant fréquemment de religion et de spiritualité. Cela semble justement être une caractéristique de notre début de XXIe siècle. Pour que les religions disparaissent, il faudrait que les « athées » se réveillent de leur léthargie, et proposent une spiritualité dynamique et fraternelle, capable d’aider à vivre. Cela a été le cas aux XVIIIe et XIXe siècles ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il semble donc vain d’annoncer sans cesse la fin des religions, alors que jamais on n’a eu autant de spiritualités diverses. Des études sociologiques ont d’ailleurs été menées dans la population française, qui ont montré que, si 52 % des 18-30 ans « n’ont pas le sentiment d’appartenir à une religion » (11 % des plus de 60 ans), en revanche 44 % des français se disent « quelqu’un de religieux » et 41 % se disent « très ou assez sensibles à la spiritualité ». Plus clair encore : 47 % disent « avoir leur propre manière d’être en relation avec le divin, sans avoir besoin d’une Église ». On peut donc risquer l’hypothèse que les gens ne vivent plus, pour la plupart, leur spiritualité dans les églises, pagodes, mosquées, synagogues, mais le font soit individuellement, soit dans des groupes informels qui se créent et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. On peut aussi dire que la société ne se divise plus en catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, athées, etc. mais en fondamentalistes de toutes tendances, qui pratiquent la fermeture morose sur des certitudes dont ils ne veulent même pas discuter, et les libéraux, de toutes tendances également, qui sont prêts à « disputer » tous les points de leur spiritualité, voire en changer s’ils trouvent un point qui leur semble plus proche de ce qu’ils cherchent. Et la pratique religieuse chrétienne, dans tout cela ? Eh bien, cela dépend du sens qu’on donne au mot « chrétien ». Est-ce quelqu’un qui déclare adhérer à des dogmes traditionnels, comme l’Immaculée Conception, l’Infaillibilité du pape, la Trinité ? Ou adhérer à des dogmes plus nouveaux comme l’infaillibilité et l’inerrance de la Bible, le Retour proche du Christ et le Jugement dernier ? Ou se poser en fils obéissant de l’Église catholique en baisant l’anneau de l’évêque du diocèse ? Ou déposer ses péchés au pied de la Croix du Christ, en attendant l’irruption du « parler en langues » qui révèlera la venue du Saint Esprit ? Ou bien quelqu’un qui aime le souffle émanant des évangiles et cherche à s’en inspirer lui-même ? En fait, on peut peut-être résumer la question de la pratique religieuse chrétienne par ces deux affirmations : - la pratique « religieuse » de l’époque actuelle est issue à la fois des thèmes de liberté de mai 68 et du retour vers le spirituel constaté au début du XXIe siècle ; la caractéristique en est une grande liberté de pratique, chacun trouvant dans tel ou tel rite ou croyance ce qui lui parle le plus de Dieu - au-delà du mode de pratique, on se doit de rappeler l’enseignement principal, essentiel de Jésus : aime Dieu, et aime ton prochain comme toi-même
Qu’est-ce qu’être chrétien aujourd’hui ? Il est de fait qu’il y a une trentaine d’années, il était peu courant que quelqu’un annonce paisiblement « je suis chrétien », ailleurs que dans son strict milieu personnel ; mais de nos jours, le communautarisme et l’intégrisme de certains ont fait – consciemment ou non – que l’affirmation de son christianisme paraît peut-être devenue plus nécessaire. En tous les cas, les journaux et magazines, y compris ceux qui étaient clairement athées voire hostiles aux spiritualités, publient maintenant des quantités d’articles sur les religions, sur Jésus, etc. Alors, être chrétien, qu’est-ce que cela implique ? Chacun trouve son propre chemin, soit qu’il se sente à l’aise dans une pratique structurée et clairement définie, soit qu’il préfère la liberté du « touriste spirituel », soit encore qu’il se contente de hausser les épaules devant une sensibilité religieuse qu’il ne partage pas.
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