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Le monothéisme ...
Quand on dit qu’il n’y a qu’un seul Dieu, les croyants approuvent et les athées haussent les épaules. Mais sommes-nous bien monothéistes ? Ou bien pensons-nous qu’il y a plusieurs dieux, celui des chrétiens, celui des juifs, celui des musulmans, mais que, justement, le nôtre est le seul vrai ? On a effectivement un peu de mal à s’y retrouver parfois parmi tous ces personnages divins ou proches du divin, Dieu, les saints, les reliques, les lieux sacrés, tout ce que certains prient, supplient, remercient. A la vérité, le monothéisme n’est pas une évidence, la meilleure preuve se trouve dans la Bible, dans le premier commandement du Décalogue : « Tu ne dois pas avoir d’autres dieux que moi », ce qui signifie que tout le monde n’était pas clairement monothéiste.
Dialogues G.R. : monothéisme ou polythéisme. Il y a des personnes qui parlent beaucoup de ces termes, mais il me semble que ce n’est pas le cas des chrétiens. G.S. : c’est vrai, ce n’est pas vraiment une préoccupation chez les chrétiens. G.R. : il arrive que l’on reproche aux catholiques un certain polythéisme : les saints, la vierge Marie, les anges, le Pape, sans compter la ferveur populaire qui s’exprime parfois autour des statues, des reliques, etc. G.S. : attention, il ne faut pas juger trop vite. Pensez au monde hellénistique de l’antiquité ; à cette époque, on connaissait quantités de dieux mais, rapidement, on a parlé globalement « des Dieux ». On arrivait pratiquement à une sorte de monothéisme comparable au catholicisme actuel : la Vierge Marie et les « saints » catholiques ne sont pas vraiment différenciés les uns des autres, même si la piété populaire prie séparément la Vierge, saint Antoine de Padoue ou sainte Rita. Ils forment un ensemble uni. Et on peut donc légitimement dire que le catholicisme est monothéiste. G.R. : ceux qui évoquent le plus souvent ce problème, ce sont plutôt les musulmans, comme dans la sourate 112 du Coran : « Dis : « Il est Allah, Unique Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. » Ces versets me font penser au commandement inscrit dans le livre de l’Exode : « Tu ne dois pas avoir d’autres dieux que moi » G.S. : en tous les cas, ces règles montrent qu’il était tentant – et ce l’est peut-être toujours – d’avoir d’autres dieux. Avant d’imaginer le monothéisme, au retour de l’Exil à Babylone, au VIe siècle avant JC, les Hébreux étaient « hénothéistes », c’est-à-dire qu’ils croyaient qu’il existait différents dieux, mais qu’ils ne devaient en adorer qu’un seul : le leur. G.R. : une question qu’on voit assez souvent concerne le mystérieux pluriel du mot « Elohim » : Pourquoi une religion monothéiste désigne-t-elle son dieu avec un pluriel ? G.S. : Elohim est un pluriel mais fonctionne grammaticalement comme un singulier. Ainsi, lorsque Elohim est sujet d’un verbe, le verbe reste au singulier ! On peut voir cette façon un peu spéciale d’utiliser le pluriel comme une sorte de pluriel de majesté ou d’excellence. Mais on note aussi qu’il en est ainsi d’autres mots hébreux, comme panim (visage), qui ont une forme pluriel mais qui sont en réalité des singuliers. Comme des mots français peuvent se terminer par un « s » sans être évidemment au pluriel : par exemple « le temps qu’il fait » ! G.R. : et qu’en est-il d’Akhenaton, le pharaon qui aurait, dit-on, inventé le monothéisme ? G.S. : allez-y doucement avec le pharaon Akhenaton : les égyptologues disent clairement qu’il n’était pas monothéiste mais hénothéiste : il reconnaissait l’existence des autres dieux, mais ne voulait plus qu’on les adore. Après son règne les choses sont revenues, comme avant, dans le polythéisme. Pour aller plus loin... Il faut parler du monothéisme avec prudence. Ce n’est pas une idée claire, ni même très importante. Les Hébreux étaient hénothéistes jusqu’à la période perse (538 avant JC). En d’autres termes, ils reconnaissaient parfaitement l’existence des autres dieux mais disaient qu’il ne fallait adorer que Yahvé. Le premier commandement dit bien : « tu n’auras pas d’autres Dieux ». Lorsque Nabuchodonosor a envahi la Palestine, et déporté à Babylone la population d’Israël, en 587 avant JC, le peuple a été déstabilisé par la perte des deux points stables de sa religion : le temple, où Dieu résidait, et le palais royal, où résidait le roi, lieutenant de Dieu (messie en hébreu, christ en grec). Des théologiens (Ésaïe, Ézéchiel, les deutéronomistes, les auteurs de la Genèse et ceux de l’Exode, l’auteur du livre de Job) ont sauvé la situation en développant le « judaïsme » comme religion transportable, basée sur les rites de pureté, de circoncision, de respect du sabbat, de cacherout, etc. ; le judaïsme, en effet, n’existait pas encore avant la déportation à Babylone. Lorsque Cyrus, roi des Perses, a dominé le Moyen-Orient entier et a libéré les Juifs, tout le monde a été très déstabilisé par la pensée perse. Notamment, on a été frappé par le fait nouveau qu’un souverain unique dominait « tous » les peuples, et on en a tiré la notion qu’il devait en être de même au ciel : un Dieu unique pour tous les peuples. C’est alors qu’ont été rédigés les récits de la création du monde : « Dieu créa le ciel et la terre », la terre de Perse, celle de Babylone comme celles d’Israël et d’Égypte. Le monothéisme était né, en cette fin de VIe siècle avant JC. Quant à Cyrus, roi des Perses, Ésaïe lui avait attribué le titre de Christ (messie, oint de Dieu) : « Ainsi parle l’Éternel à son oint, à Cyrus ». Aujourd’hui, on se demande si le monothéisme n’a pas cessé d’apporter des réponses crédibles aux attentes des gens. Et ceci pourrait expliquer l’importante progression des religions païennes et des sectes diverses, dans notre société moderne. On peut faire plusieurs hypothèses à ce sujet, comme celles-ci par exemple : - les religions païennes permettraient de faire un cheminement personnel vers Dieu, contrairement au monothéisme où il faut passer par l’étouffante hégémonie des magistères religieux - le monothéisme pur et dur, tel qu’il est relayé par les intégrismes, contiendrait beaucoup d’appels à la guerre au nom de Dieu. L’humanité, qui a été saignée durant sa longue histoire par des guerres destructrices, semble être fatiguée de se déchirer - le monothéisme semble s’être sclérosé dans des modèles conçus par les innombrables fidèles à travers les siècles. Des modèles qui se sont cristallisés et se sont érigés au rang des dogmes inviolables, « fondamentaux ». Aujourd’hui, nous vivons une sorte de nouvelle Renaissance. Les gens se dégagent des idées toutes faites et des autorités officielles, pour apprendre à penser par eux-mêmes. C’est pourquoi la spiritualité augmente vertigineusement, en même temps que les institutions religieuses perdent leur audience. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, bien au contraire. Mais les gens qui n’ont pas eu d’instruction religieuse solide, ne savent pas très bien utiliser leur esprit critique, et certains « croient » et « disent » un peu n’importe quoi. Et on peut donc s’attendre, dans l’avenir, à un développement pharamineux des affirmations les plus farfelues, émises par des gens d’autant plus assurés qu’ils ne se rendent pas compte de leur ignorance théologique. Mais surtout, il faut prendre garde à ce que « monothéisme » ne signifie pas juste que l’on voit Dieu comme un monarque absolu.
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