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Marie a été un prénom très utilisé, surtout au XVIIIe siècle (environ 15 %), sans compter les nombreuses déclinaisons, comme Marie-Madeleine, Anne-Marie, Marie- Christine, etc. la liste est longue. C’est que Marie, la mère de Jésus, a été et est toujours le sujet de tant de fantasmes mystiques, de légendes, de croyances diverses, de vénération chez certains, que l’on est en présence d’un immense déséquilibre entre le personnage biblique, dont les évangiles parlent finalement assez peu, et le personnage familier des familles catholiques. Marie a été déclarée « mère de Dieu » par les pères conciliaires byzantins du concile d’Éphèse en 431. Quant à l’appellation « immaculée conception », qui stipule que Marie est née sans être chargée du péché originel, elle a été proclamée par le pape au XIXe siècle. Le croire ou pas est l’affaire de chacun.
Marie, immaculée conception
Dialogues G.S. : nous parlons de Marie, et je me doute que vous allez me dire que les protestants n’aiment pas Marie, je me trompe ? G.R. : je ne vais pas vous dire cela ! Pour moi, Marie a mis neuf mois à faire Jésus, ce n’est pas rien. Et j’ai tendance à trouver que ça vaut bien tous les titres et appellations dont on l’a pourvue au cours des siècles. G.S. : oui, vous avez raison, et n’oublions pas non plus qu’elle a élevé Jésus d’une manière qui montre que l’Esprit Saint était bien là ! G.R. : elle l’a élevé comme tout enfant juif de l’époque, non ? G.S. : oui, mais pas uniquement ! Savez-vous qui sont les premiers disciples de Jésus ? Ce sont les mages dont parle Matthieu – entre parenthèses, il faut éviter de dire « les rois mages », ce n’était pas des rois, mais des astrologues. C’était des irakiens, donc étrangers, et des astrologues, et l’astrologie était formellement interdite par le judaïsme, qui y voyait une tentative sacrilège de prétendre deviner à l’avance le dessein de Dieu. Accepter que ces gens entrent dans la maison et rendent hommage à Jésus, accepter leurs cadeaux, c’était plutôt osé de la part de juifs pratiquants. Osé, ou plutôt inspiré, ou alors Joseph et Marie étaient des juifs, disons assez indépendants ! G.R. : bon, alors on peut dire que Marie était simplement une femme et une mère, mais alors pourquoi beaucoup l’appellent-ils « mère de Dieu » ? Par exemple, voyez cette question étonnante : Sur quel critères pouvons nous dire que Marie est la Mère de Dieu ? G.S. : les Byzantins étaient des théologiens et des gens très compliqués. Ils se demandaient par exemple combien d’anges pouvaient tenir debout sur une pointe d’épingle ! Ils avaient décidé, au concile de Nicée en 325, que Jésus était Fils de Dieu. Ils se demandaient maintenant à quel moment de sa vie il l’était devenu. L’apôtre Paul avait dit : lors de sa Résurrection. Les trois premiers évangélistes, quant à eux, avaient écrit le récit de son baptême, où la voix céleste attribuait ce titre à Jésus : donc Fils de Dieu lors de son baptême. Enfin un premier chapitre avait été ajouté aux évangiles de Matthieu et de Luc, précisant la naissance miraculeuse de Jésus : donc Fils de Dieu dès sa conception. A Éphèse en 431, les Byzantins ont préféré cette troisième explication et, pour la valider définitivement, ils ont dit que puisque Jésus était le Fils de Dieu depuis sa conception, Marie avait donc mis Dieu au monde ; elle était donc « Mère de Dieu » (Theotokos en grec). Ce titre ne vise donc pas la grandeur de Marie mais la nature du Christ. Remarquons qu’il faut vraiment être Byzantin pour entrer dans de telles idées ! G.R. : autour de Marie fleurissent tout un tas de fantasmes, la virginité, la conception miraculeuse de Jésus, les miracles… Quelle est la signification du dogme de l’immaculée conception, par exemple ? Est-ce que cela veut dire que la mère de Marie aussi était vierge ? G.S. : pas du tout ! Ce dogme a été proclamé par le pape au XIXe siècle, dogme selon lequel Marie était, dès sa conception, exempte du péché originel. Et le texte précise que cette faveur spéciale a été accordée par Dieu « au vu des mérites de Jésus- Christ ». Voilà ce que veut dire « immaculée conception », cela ne veut pas dire que la mère de Marie était vierge, elle aussi. D’ailleurs, puisque vous abordez la thèse de la virginité de Marie, il ne faut pas oublier que cette idée de virginité vient de la tradition hellénistique, où l’on s’intéressait à la « pureté » d’origine physique et sexuelle, alors que, selon la tradition judaïque, la vertu fondamentale est la « justice » qui, elle, est d’origine sociale. G.R. : de toutes façons, le mot « vierge » était ambigu à certaines époques : au moyen-âge, il désignait simplement une femme qui n’était pas « en puissance de mari » ; pour désigner une femme sexuellement vierge, on disait « pucelle ». G.S. : c’était la même chose au temps de Jésus. G.R. : par parenthèse, j’ai toujours eu du mal avec ces notions de pureté, de péché originel… G.S. : nous aurons l’occasion d’en reparler ; je ferai pour l’instant une seule remarque : le péché originel n’existe pas ! Pour aller plus loin… Pour ce qui est de la « virginité » de Marie, on note que, une seule fois dans tout le Nouveau Testament, Marie, la mère de Jésus, est qualifiée de vierge, mais il s’agit de son état avant que l’ange Gabriel ne lui annonce qu’elle allait être enceinte. C’est donc bien normal et ne présage pas de la suite. De toute façon, le mot grec employé « parthenos » signifie aussi bien la jeune fille que la vierge, parce que, dans ces cultures anciennes, l’une est censée être l’autre. L’évangile de Matthieu ne précise pas la virginité de Marie, mais dit seulement qu’elle fut enceinte du fait de l’Esprit Saint. Gardons donc la pudeur du texte, qui reste au niveau spirituel. La citation d’Ésaïe 7 :14 qui suit : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel » mérite un commentaire. Car le mot original dans la Bible hébraïque, « almâh » ou « alemah », ne désigne pas une vierge mais une jeune femme en âge d’avoir des enfants. Cependant, le grec n’a pas de mot pour traduire almâh. Parthenos fut donc utilisé par les rabbins d’Alexandrie pour traduire la citation d’Ésaïe dans la Bible en grec, dite de la Septante. Cette traduction est devenue la référence des premiers chrétiens et des Pères de l’Église, qui comprenaient mieux le grec que l’hébreu. En lisant parthenos, ils comprenaient vraisemblablement « vierge ». En résumé, les évangiles de Matthieu et de Luc n’évoquent la virginité de Marie qu’avant la conception de Jésus, ce qui n’a rien d’extraordinaire. L’un et l’autre développent cependant la visite de l’ange et son dialogue avec Joseph ou Marie, ce qui annonce une conception divine, se situant sur un autre registre. Aucune trace de cette virginité dans les autres évangiles de Marc et de Jean, ni dans les épîtres. Par contre Marie est souvent citée dans les quatre évangiles, sans jamais préciser qu’elle était vierge. Conception divine de Jésus Chez les anciens, qu’ils soient Égyptiens, Grecs ou Juifs, un homme extraordinaire doit avoir une naissance extraordinaire. Il en va ainsi, et chacun à sa façon, d’Isaac, de Samuel, de Jean-Baptiste. Plus précisément, et en ce qui concerne Jésus, la visite de l’ange, chez Matthieu et Luc, s’apparente au genre littéraire dit de la « conception divine », que l’on retrouve à propos de la naissance de certains Pharaons ou demi-dieux grecs. Selon ces mythes anciens, la divinité choisit la femme qu’elle veut rencontrer, nomme l’enfant à naître, précise sa mission et lui assure l’assistance nécessaire. La façon dont la conception est réalisée n’intéresse pas ces récits. La question de la virginité de la femme enceinte n’est donc pas posée, comme elle n’est pas posée dans les évangiles. Toutefois, à la limite, dans ce genre littéraire, la femme pourrait rester vierge, car la divinité a le pouvoir de procréer l’enfant à naître par la puissance de son vouloir. Mais cela n’est pas précisé, car la question est ailleurs, elle est d’affirmer, dans le langage du temps, que, dès l’origine, Jésus était bien le Fils de Dieu. D’ailleurs, si Marie était vierge au sens sexuel avant la conception de Jésus, cela n’aurait rien d’extraordinaire ; en revanche cela devient plus compliqué à soutenir après la naissance de Jésus, c’est-à-dire après l’accouchement. Cela pose aussi la question des autres enfants de Marie, la Bible fait référence à quatre fils et deux filles, elle donne les noms des fils mais pas des filles (à l’époque on ne donnait pas ce genre de détail !) Pour ce qui concerne les frères et soeurs de Jésus, il est étrange que des théologiens, souvent catholiques d’ailleurs, expliquent que ce terme de « frères de Jésus » doit être pris au sens de « personnes proches » – de cousins par exemple – et non de frères et soeurs au sens génétique. Seulement le grec possède deux mots différents pour distinguer les frères biologiques, de ces « personnes proches ». Donc, les versets de l’évangile qui citent les frères de Jésus ayant été écrits directement en grec, la question ne se pose pas. Et même s’ils avaient été écrits à partir d’un récit oral en araméen, il y aurait certainement d’autres détails, on ne badinait pas avec la famille dans cette société très patrilinéaire ! Ce qui est probable, c’est que même les théologiens catholiques savent parfaitement qu’il s’agit des frères et soeurs de Jésus, mais qu’ils ne peuvent le reconnaitre publiquement, car cela ne pourrait pas coller avec la naissance miraculeuse de Jésus et la virginité perpétuelle de Marie, telle qu’elles ont été définies au cours de multiples conciles. Miracles Que de miracles et que de choses merveilleuses n’a-t-on pas attribués à Marie ! Des guérisons miraculeuses aux apparitions, il y a vraiment une ferveur populaire autour d’elle, sans doute parce qu’elle est qualifiée de « Mère de Dieu ». Mais en réalité, Marie n’a été nommée « mère de Dieu » qu’au concile d’Éphèse en 431. Dans le Nouveau Testament, elle n’a aucun rôle comparable aux apôtres de Jésus. On s’est beaucoup intéressé à « l’intercession de la Sainte Vierge Marie », pour sauver des marins perdus en mer, protéger des familles, et on s’est même demandé pourquoi elle n’avait pas empêché le massacre, par Hérode, des enfants de moins de deux ans à Beth Lehem. Mais bien sûr, Marie n’a jamais été investie d’une puissance personnelle capable de s’opposer à l’armée romaine ! Quant aux « apparitions » de Marie, on remarque que celle-ci n’apparaît que dans des pays ou régions à prédominance catholique romaine, et uniquement à des catholiques, jamais à des juifs, des protestants, des musulmans… Beaucoup de récits d’apparitions font état uniquement du fait qu’elle a été vue, peu relatent des messages qu’elle aurait pu laisser à ceux qui l’avaient vue. Et quand elle a laissé un message, à Lourdes ou à Fatima, on est en droit d’être pour le moins réservé quant au contenu dudit message. Par exemple, à Lourdes (1858), la petite Bernadette était fille de pauvres paysans qui étaient écrasés par un gouvernement favorisant les riches. L’« apparition » lui a commandé d’aller boire de l’eau boueuse d’une flaque dans un but d’humiliation, ainsi que de faire construire une chapelle. Elle n’a rien dit qui « élève » ses parents et elle-même. Elle n’a donné aucun espoir, elle n’a rien dit du contexte social et politique épouvantable de l’époque. A Fatima (1917), l’apparition condamne la Révolution russe qui commençait, où les malheureux moujiks écrasés sous le fouet des tsars cherchaient à sortir de leur atroce misère, voulaient récupérer la terre et où les ouvriers relevaient eux aussi la tête. La Russie était un des pays les plus arriérés d’Europe. La misère du peuple contrastait avec le luxe des privilégiés de l’entourage du Tsar. Aux manifestations, le patronat russe répondait par le lock-out. Le grand espoir était encore celui du passage pacifique de la Russie du tsarisme au socialisme. Les cosaques tirèrent sur la foule. Les petits paysans du Portugal, déclarèrent que les humbles et les affamés de Russie et du Portugal devaient faire pénitence. Ils portaient eux-mêmes une ceinture avec des clous à l’intérieur pour se faire souffrir, et voulaient faire des sacrifices. On ne voit aucun rapport entre la vraie Marie de l’évangile et la scandaleuse femme soutenant les puissants contre les faibles de ces lamentables récits. L’évangile de Luc rapporte le vrai cantique de Marie : Et Marie dit : mon âme exalte le Seigneur Et mon esprit a de l’allégresse en Dieu, mon Sauveur, Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante Car voici : désormais toutes les générations me diront bienheureuse. Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint, Et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, Il a déployé la force de son bras, Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses, Il a fait descendre les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, Rassasié de biens les affamés, renvoyé à vide les riches. Je vous salue Marie Il est important de prendre conscience du sens des paroles que l’on prononce. Voici une explication commentée de cette prière : Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous Salutation de l’ange à Marie lors de l’Annonciation dans l’Évangile de Luc (1 :28). Le texte évangélique dit exactement : « Je te salue, toi à qui grâce a été faite, le Seigneur est avec toi ». La traduction « pleine de grâce » est discutable, elle est de Saint- Jérôme dans sa version de la Vulgate. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. Salutation d’Élisabeth à Marie lors de la Visitation dans l’Évangile de Luc (1 :42). Le texte évangélique dit exactement : « Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni ». Sainte Marie Salutation inventée par l’auteur de la prière. Mère de Dieu Titre élaboré par le concile d’Éphèse en 431. Priez pour nous Demande malheureuse, qui fait penser que Dieu ne nous aimerait pas suffisamment, et aurait besoin qu’on lui rappelle notre existence ! pauvres pécheurs Qualifier ainsi les hommes semble bien pessimiste et réducteur ! maintenant et à l’heure de notre mort Comme si on avait besoin d’un coup de pouce supplémentaire à l’heure de la mort.
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