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Les croyants
Dialogues G.R. : Gilles, dites-moi, être croyant, qu’est-ce que c’est ? G.S. : j’ai peur que le protestant libéral que je suis n’aie beaucoup de mal à répondre à cette question. G.R. : pourtant, c’est un mot qui a pas mal de succès, on dit « les croyants pensent que … », « moi qui suis croyant (ou non- croyant) … », certains disent même « les croyants sont stupides », ou bien « on ne peut pas être à la fois croyant et intelligent », etc. G.S. : c’est vrai que, parfois, des mots un peu agressifs sont utilisés à l’encontre de ceux qui ont la foi, et d’ailleurs ces derniers, quand ils font partie des intégristes, ne sont guère aimables avec ceux qui ne croient pas comme eux. G.R. : voyez vous-même, nous avons une question qui dit ceci : Pourquoi, lorsqu’on invite un croyant à réfléchir, il se braque, brandit les saintes écritures et vous menace ? G.S. : c’est parce qu’il y a croyants et croyants. Les uns, qu’on appelle en général intégristes ou fondamentalistes, et qu’on trouve dans toutes les religions et toutes les idéologies (il y a même des athées intégristes) : évangéliques, catholiques intégristes, islamistes, sont des gens qui, effectivement, refusent, non seulement le dialogue, mais aussi le dialogue intérieur, la réflexion : ils pensent que mettre en cause un dogme, une tradition, un texte « saint » est déjà une désobéissance à Dieu. De ce fait, ils ne vous parlent que pour vous convertir, et jamais pour débattre paisiblement et intelligemment. Les autres, qu’on appelle en général libéraux ou humanistes, et qu’on trouve dans toutes les religions et toutes les idéologies, chrétiens libéraux, musulmans et juifs libéraux, et athées curieux des idées des autres : ils pensent que les dogmes, les traditions, les textes « saints » des uns et des autres conduisent chacun à sa manière au même Dieu ; ils ont compris que les autres ne sont pas des ennemis, mais que leur tradition peut être un enrichissement et nous ouvrir des horizons négligés ou nouveaux. Ceux-là ne cherchent pas à vous convertir, à vous menacer, mais à vous faire dire le meilleur de vousmême. Les libéraux de toutes les religions ne se braquent que contre les blocages agressifs et inhumains des intégristes, et les intégristes de toutes les religions se ressemblent beaucoup, tout en croyant se haïr ! G.R. : vous parlez de « même Dieu », cela me rappelle une réponse curieuse d’un pasteur, à qui je disais qu’il me semblait étonnant que les groupes oecuméniques ne reçoivent ni les musulmans ni les juifs, parce qu’« après tout, ils prient le même dieu que les chrétiens » ; le pasteur m’a répondu « non, je ne crois pas qu’ils aient le même dieu que nous ». Étonnant, non ? Il y aurait donc plusieurs dieux ? Moi qui nous croyais monothéistes ! G.S. : c’est vrai, on peut y voir une tendance non pas monothéiste mais « hénothéiste », qui amène à penser « il y a plusieurs dieux mais c’est le mien qui est le meilleur » ! On parle aussi de « monolâtrie », mais nous y reviendrons plus tard, dans le chapitre consacré à Dieu. G.R. : à propos des fondamentalistes – qu’on appelle aussi extrémistes – je crois que la plupart des gens qui croient mépriser les religions ne méprisent en fait que leurs extrémistes. Au fait, saviez-vous qu’une enquête a montré qu’une grosse majorité des pasteurs luthéro-réformés, pensent qu’on peut approcher Dieu dans l’islam, mais seulement 6 % des pasteurs évangéliques ? Que pensez-vous de cette différence d’approche ? G.S. : en effet, cette enquête très précise a été faite dans les milieux protestants pour distinguer les clivages. Les évangéliques sont – pas toujours, mais souvent – de tendance fondamentaliste, c’est-à-dire qu’ils refusent de mettre en question ce qu’ils croient être les éléments « fondamentaux » de leur foi. Un de ces éléments est qu’il n’y a de connaissance de Dieu que par Jésus-Christ, et donc qu’il faut forcément convertir les musulmans, comme les juifs, les bouddhistes, les animistes, les athées et tous les autres. Mais attention, n’oubliez pas qu’il y a des fondamentalistes dans toutes les religions ! L’attitude des évangéliques n’est pas unique ! Pour aller plus loin… Pour aller plus loin, nous pouvons méditer sur ces deux phrases, l’une de Paul Tillich : Si une prédication ne répond pas aux préoccupations réelles des fidèles, c’est qu’elle ne transmet pas la Parole de Dieu. Et l’autre de Gilles Bernheim : Si un discours religieux s’adresse à certaines personnes et qu’il n’est pas audible par d’autres, alors nous ne sommes pas dans le lien social, mais dans le particularisme. La grandeur d’une religion réside dans sa capacité non pas de conviction, mais de donner à penser à ceux qui ne croient pas en cette tradition. Les croyants fondamentalistes Le fondamentalisme religieux ne se fonde pas sur des valeurs, mais sur des doctrines et sur des interdictions, qu’il s’agisse des religions bibliques, judaïsme et christianisme, ou de l’islam, ou … de l’athéisme ! Le terme de « fondamentalisme » est né dans le protestantisme américain de la fin du XIXe siècle, lorsqu’un pasteur, déstabilisé par la critique historique de la Bible et des dogmes chrétiens, a publié une brochure énumérant cinq « vérités fondamentales », dont il disait qu’il n’était pas question de les discuter, divinité et naissance miraculeuse du Christ, sacrifice sanglant de la croix apaisant la colère de Dieu, retour en gloire du Christ et Jugement dernier, et surtout le dogme de l’« inerrance » de la Bible, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas « errer », ni en matière historique, ni géographique, ni archéologique, ni … gynécologique ! Cette conception a eu du succès jusqu’à aujourd’hui dans les milieux dits « évangéliques ». Mais refuser d’en débattre, d’en discuter, est une attitude très fermée et prétentieuse. Il est à remarquer que certains catholiques ont aussi une forme de fondamentalisme. Ils ajoutent alors, aux « fondamentaux » protestants que nous venons de voir, les « fondamentaux » de l’infaillibilité du pape, de l’Immaculée conception et de l’Assomption de Marie. Il y a aussi des « fondamentaux » musulmans : on ne peut pas discuter de la manière dont le Coran a été rédigé, ni de l’inspiration de Mohammed. On peut dire que le fondamentalisme a souvent l’obsession du « retour aux sources », il reconstruit un passé fantasmé, celui de « l’église primitive » – qui n’a pourtant aucune réalité – composée de Jésus et de ses apôtres pour le christianisme, et pour l’islam sur le temps des compagnons du prophète (temps sur lequel on ne sait pas grand-chose, mais ceux qui le promeuvent avec véhémence en savent souvent encore moins). Tout de même, se réclamer de valeurs fondamentales, possiblement « universelles », ne conduit pas obligatoirement au fondamentalisme agressif (notons au passage que « valeurs universelles » veut dire « tournées vers l’un » – souvent le nombril de celui qui les énonce – et non « valeurs valides pour tous »). Prenons un exemple, pour illustrer ce propos : les valeurs du féminisme sont compatibles avec la dignité humaine et quelques autres « valeurs fondamentales », mais généralement rejetées par tous les fondamentalistes. En résumé, chacun d’entre nous a ses propres valeurs fondamentales, et c’est bien. Traditionalistes et libéraux L’étroitesse prétentieuse des traditionalistes écarte, par exemple, de l’Église catholique, tous les fidèles découragés par l’hostilité envers les autres Églises, par l’exclusion des homosexuels, des divorcés remariés, par l’antiféminisme, par le refus du contrôle des naissances et de la protection à l’égard du sida, et globalement par le repli frileux devant la modernité de la société. Les traditionalistes sont conscients qu’ils vident les églises, et que ne subsistera un jour qu’un petit noyau dur, peu sympathique et qui n’aide guère les gens à vivre dans le monde d’aujourd’hui – les statistiques montrent d’ailleurs un effondrement de la pratique catholique. Mais ils pensent que, dans cent ou deux cents ans, lorsque les temps auront changé, ce petit noyau dur qui aura été protégé, pourra renaître et se développer dans une société nouvelle. Les libéraux leur répondent que, dans ces conditions, il n’y aura plus dans cent ou deux cents ans que des fondamentalistes traditionalistes, haïs de l’ensemble du monde. Les libéraux, conscients de l’échec du message traditionaliste officiel, qui ne ressemble plus guère à celui du Jésus-Christ des évangiles, promeuvent, bien au contraire, un renouveau de l’Église à la manière du pape Jean XXIII dans le style du concile – bien oublié – de Vatican II, ou peut-être aujourd’hui du pape François : retrouver, comme le disent tant d’excellents prêtres de paroisses, un langage qui touche nos contemporains, qui réponde à leurs préoccupations fondamentales, qui incite à la créativité, au sourire, à la fraternité, et non à la fermeture morose. Les traditionalistes leur répondent que, dans ces conditions, il n’y aura plus dans cent ou deux cents ans que des protestants dont le christianisme aura disparu, dissous dans la pensée du monde moderne. La sagesse des sages Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents. L’interprétation que font, de ce texte, les croyants fondamentalistes, est très dangereuse : on déduit de ces versets que toute connaissance « profane » (philosophie, histoire, sciences naturelles, art, littérature, etc.) est nuisible, et on dissuade de faire des études scientifiques et des recherches, puisque la seule science « valide » est contenue dans la Bible et qu’elle doit suffire à tous. Mais, dans une interprétation correcte, ceux qui, dans ce texte, ne sont ni « sages », ni « intelligents », ce ne sont pas les ignorants, mais les coeurs simples, ouverts – ces fameux « simples d’esprit » des Béatitudes – par opposition aux « intelligents » qui maitrisent toute la Loi, s’en glorifient et s’érigent en érudits et en juges. Le coeur simple et humble est celui qui, devant Dieu, est comme un enfant, le cœur neuf et ouvert. La « sagesse des sages », quant à elle, désigne ceux qui élaborent une religion très subtile et compliquée, avec des raffinements ésotériques que la plupart des gens ne comprennent pas. La religion biblique est, au contraire, tout à fait à la portée des gens les plus simples, comme des enfants. Finalement, au croyant qui dit « la seule vraie foi, c’est en Jésus-Christ, n’est-ce pas que j’ai raison ? », il faut répondre : « bien sûr, vous avez raison pour vous, mais vous devez naturellement prendre conscience que, pour d’autres, la seule vraie foi est en Mohammed, Bouddha, etc. »
Les croyants croient-ils ? Et que croient-ils ? Ce sont des questions intimes, on peut même dire indiscrètes, car elles ne devraient finalement concerner que chacune et chacun de nous. Et quand on veut brocarder ceux qui ont la Foi, on ne dit pas « croyants » mais « crédules ». En fait, on a pu dire que tout le monde croit en Dieu, mais que nous nous en faisons simplement une image différente ; et d’ailleurs, ce que certains appellent Dieu, d’autres l’appellent la Vie, la Nature, le Cosmos, le Surmoi, le Fondement Premier, la Ressource Archaïque Interne, etc. Aujourd’hui, on sait distinguer « la Foi » des « croyances », et les personnes qui observent une certaine spiritualité se répartissent non plus en catholiques, protestants, musulmans, athées, juifs, bouddhistes, etc. mais bien en fondamentalistes et en libéraux.
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