Louis Pernot (pasteur Église protestante unie de l'Étoile)
Le prologue de Jean
Ce que l’on appelle « prologue de Jean » est le tout début de l’évangile de Jean, texte magnifique, dans un style très différent du reste des évangiles : poétique, beau, profond, théologique et aussi un peu mystérieux, c’est l’un des textes qui soulèvent le plus grand nombre de questions théologiques et qui comportent de multiples enjeux. Dieu est Parole et Lumière « Au commencement était la Parole », ce début bien connu nécessite déjà d’importants commentaires. Une première remarque est que Jean ne parle pas du tout de la question de la naissance de Jésus, tout comme Marc d’ailleurs et pas plus que Paul. Jean est là fort avisé : il va au-delà d’une expression mythologique de naissance plus ou moins miraculeuse pour s’intéresser au sens de la venue du Christ dans le monde d’un point de vue spirituel, c’est-à-dire théologique : qui est Jésus par rapport à Dieu, que nous révèle-t-il de lui, qui est Dieu et comment agit-il dans le monde ? Et puis Jean présente une théologie particulièrement moderne et crédible. Ce qu’il dit, c’est que Dieu est à la fois parole et lumière. Nous sommes ainsi au delà d’une vision enfantine d’un Dieu qui serait une personne toute-puissante régnant sur le monde du haut du ciel, pour présenter un Dieu qui est un dynamisme créateur à l’œuvre dans le monde. Si Dieu est parole, alors il n’est pas tout-puissant, la parole est une chose essentielle, mais elle ne peut pas contraindre et rien imposer. La parole, c’est une puissance de persuasion, c’est un appel, une instruction,pas une force d’action concrète. Dieu est ainsi montré comme œuvrant dans le monde en apportant une information créatrice, pas en agissant concrètement hors des lois de la nature. Et par rapport à l’homme, l’action de la parole de Dieu demande l’adhésion pour pouvoir être efficace, elle ne l’est pas en elle-même. Ensuite dire que Dieu est lumière, est une affirmation essentielle, parce que la lumière n’impose rien, elle ouvre juste un chemin et permet à chacun de trouver sa propre route avec intelligence. Cela va dans le sens du Psaume 119 (v. 105) qui dit à Dieu : « ta parole est une lampe à mes pieds, une lumière sur mon sentier ». Le psaume ne dit pas « ta parole est le sentier que je dois suivre », mais il montre que la parole de Dieu peut éclairer notre route. Ainsi chacun a une route qui est la sienne, et cette parole n’est pas pour nous mettre dans un rapport de soumission passive où il faudrait croire et faire tout ce qu’elle dit, mais elle éclaire, ouvre des horizons et nous permet de choisir notre propre route avec intelligence. Le logos À cause des premiers mots de ce prologue, certains ont voulu y trouver une influence de la philosophie grecque ; le texte original en grec dit en effet : « en archè èn o logos », « au commencement était le logos ». Or la notion de « logos » est très importante dans la philosophie grecque, en particulier stoïcienne, où elle désigne la raison et l’intelligence. Par le fait que l’on trouve là ce mot de « logos », certains ont voulu conclure que l’évangile de Jean était tardif, qu’il avait subi des influences de la philosophie grecque, ou de mouvements de pensée plus ou moins divers qui parlent aussi du « logos », comme la gnose. Mais il n’est pas du tout indispensable d’avoir recours à la philosophie grecque pour expliquer la présence ici de ce mot « logos ». Dans le judaïsme, la notion de « parole » est bien connue, elle est exprimée par le mot « dabar » en hébreu ; et « dabar » est traduit dans la Septante, depuis 300 ans avant Jésus-Christ, tout naturellement par le mot « logos ». Les Hébreux n’ont pas eu besoin de la philosophie grecque pour évoquer la « parole de Dieu » (« logos tou théou » ), qui a, chez eux, une importance considérable. On sait en particulier que Dieu a créé le monde par sa parole. Selon Genèse 1, Dieu crée en parlant : « Dieu dit : soit la lumière ». Le prologue de Jean est ainsi un commentaire, une reprise, du récit de la création du monde selon les premiers mots de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa… », « en archè epoiesen o theos ». L’évangile de Jean et la Genèse en grec commencent de la même manière : « en archè ». C’est pourquoi il a souvent été dit que ce prologue de Jean est une sorte de « midrash », un commentaire du récit de la création du monde. C’est de la pensée juive et rien n’empêche qu’il soit plus ancien qu’on ne le dit en général. Jean reprend donc l’idée du Dieu créateur, et donne une importance particulière à sa parole créatrice. Quelle est cette parole « à côté » de Dieu ? ... pour télécharger le document, cliquez ici...
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