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TéléchargerLe péché est un peu l’épouvantail que certains agitent devant des personnes plus ou moins crédules pour tenter de leur inculquer un embryon de morale. Évidemment, c’est un moyen comme un autre de donner une sorte de catalogue de ce qui est bien et de ce qui est mal, mais la Bible nous enseigne autre chose : depuis Adam et Ève, qui ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, l’homme sait voir ce qui est mal dans ses actes, il sait se juger, il sait même se condamner. L’ennui est que, au IVe siècle, Augustin d’Hippone (Saint-Augustin) a « inventé » à partir de là le « péché originel », et la suite de conséquences de cette notion bizarre a considérablement éloigné la pratique religieuse du message biblique.
Dialogues G.R. : comment définiriez-vous ce mot un peu étrange mais ô combien répandu : le péché ? G.S. : le péché est le mal selon la religion, mais chaque religion le définit à sa manière. Dans l’islam, c’est ne pas faire le ramadan, ne pas faire la prière rituelle, etc. Dans le catholicisme, c’est mal se conduire envers son prochain, mais aussi transgresser ce que le pape appelle les lois «naturelles» ; ces transgressions se retrouveraient dans le divorce, les diverses formes de contrôle des naissances, l’IVG, l’homosexualité, etc. Dans les milieux évangéliques, c’est également mal se conduire envers son prochain mais aussi négliger le culte, ne pas essayer de convertir les gens, fumer, aller dans des cafés, danser, avoir des relations sexuelles en dehors du mariage. Dans les milieux protestants, il y a certaines Églises qui sont proches sur ce point des évangéliques, et d’autres qui sont des églises libérales. Pour ces dernières, le péché est de se détourner des autres hommes, et de ne pas les aider à vivre sur le plan social et humain, voire d’essayer de les dominer sur le plan religieux, moral, politique, sans respecter leur liberté de pensée. G.R. : quand vous dites « les aider à vivre sur le plan social et humain », c’est ce que la Bible appelle « aimer son prochain », c’est ça ? G.S. : Jésus propose une réponse à votre question. Dans un grand texte de Matthieu, il dit : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger, et vous m’avez recueilli, j’étais nu, et vous m’avez vêtu, j’étais malade, et vous m’avez visité, j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » Donc le péché, pour Jésus, n’est pas d’ignorer les règles d’une religion, d’une doctrine, ou de tel ou tel responsable religieux. Le péché est de ne pas se conduire de façon positive avec ses contemporains, et ce sans tenir compte de leur religion, de leur doctrine, de leur race, de leur pays. G.R. : et le péché originel ? Il a l’air de tracasser beaucoup de personnes, comme on le voit dans cette question : " n’est-il pas injuste que l’homme vive dans la souffrance à cause des péchés de ses ancêtres ? Selon la Bible, l’homme ne connaissait pas la souffrance et vivait dans le paradis avant qu’Adam et Ève ne soient bannis du paradis pour avoir désobéi à Dieu et suivi Satan. Depuis, la lignée humaine souffre. Est-il logique qu’on paie pour la faute des autres ? Cela correspond-il à l’idée d’un Dieu de justice ? " G.S. : ce n’est pas « selon la Bible » c’est selon Saint-Augustin, évêque d’Hippone au IVe siècle. C’est lui qui a imaginé le « péché originel », bien dans sa ligne de pensée très pessimiste. Cette idée de péché originel a été confirmée par l’Église Romaine au XVIe siècle, mais la Bible ignore cette notion. G.R. : bien, mais peut-on éviter de pécher ? Et si l’on a péché, comment se faire pardonner ? En confessant ses fautes ? Si Dieu est miséricordieux, j’imagine qu’il doit pardonner celui qui regrette ses fautes et demande pardon. G.S. : non. Cela n’est pas la miséricorde, c’est la justice. La miséricorde, c’est ce que Jésus nous a révélé : accueillir quelqu’un qui ne s’est pas repenti, comme, par exemple, le paralysé descendu du toit et qui n’a rien manifesté ni rien demandé, ou Zachée, le chef des publicains de Jéricho, considéré comme «pécheur», qui n’a reconnu aucune « erreur ». Ou les dix lépreux. Ou la femme adultère. Aucun de ceux-là n’a reconnu la moindre erreur : Dieu est réellement miséricordieux et Jésus le prouve par ces actes. Et il ne suffit pas de se déclarer « miséricordieux » par devant, pour condamner les gens par derrière ! G.R. : et si l’on souhaite éviter de pécher ? G.S. : je vous propose de réfléchir à cette phrase de Luther : « Pèche et pèche fortement car tu es Homme et pécheur, mais, plus encore, crois en Dieu et réjouis-toi en lui ! » A cette époque, les mystiques catholiques (Saint-Jean de la Croix, Sainte-Thérèse d’Avila) pratiquaient dans leur monastère des privations de sommeil, de nourriture, des flagellations, des prières incessantes afin de réprimer leurs désirs, leurs pulsions, leur humanité, et faire de la place en eux pour la présence de Dieu, comme ils disaient. Et le pape vendait des « indulgences » pour effacer la peine due, disait-il, aux péchés. Luther et les autres réformateurs protestants, enracinés dans la Renaissance, refusaient ces deux attitudes et affirmaient que Dieu admet l’humanité, ses désirs et ses faiblesses et les couvre de sa bienveillance ; ils disaient en latin « sola gratia » : la grâce seule. Ils disaient aussi « soli Deo gloria » – la gloire est à Dieu seul, donc pas à nous avec nos prétentions à la sainteté. Pour aller plus loin… Le péché originel On peut dire que l’idée du péché est ancrée dans l’âme humaine, sans doute depuis la nuit des temps. On peut dire aussi, sans trop de risque, que l’homme sait ce qui est mal depuis qu’Adam et Ève ont mangé du fruit de l’« arbre de la connaissance du bien et du mal » dans le jardin d’Éden. En effet, ce jour-là, Ève a mangé le fruit, autrement dit elle acquérait – et donnait du même coup à l’homme – le sens moral. L’homme devenait capable de se regarder lui-même, de se juger et donc, le cas échéant, de se condamner. Et de garder à jamais la nostalgie de l’innocence primitive, tout en étant incapable d’y revenir. On peut trouver que l’histoire d’Adam et Ève exprime merveilleusement ce que nous sommes et qui nous sommes. On n’a jamais écrit d’histoire plus vraie, bien que les faits qu’elle relate ne se soient évidemment jamais produits. Malheureusement, l’interprétation pour le moins hasardeuse d’Augustin d’Hippone (Saint-Augustin) a transformé cette histoire : il expliquait qu’il s’agissait de la chute de l’être humain dans le péché, qu’avant cette désobéissance l’homme était sans péché, et qu’ensuite la tâche s’est reportée sur toutes les générations, comme une tare héréditaire qui fait que l’homme est condamné à l’enfer quoi qu’il fasse ou ne fasse pas. Cela justifie ce que Saint-Anselme a imaginé à la fin du XIe siècle, à savoir le « sacrifice expiatoire » de Jésus, offert à un Dieu rancunier qui demanderait une victime innocente comme rachat de la faute de quelqu’un d’autre, etc. Le péché était dès lors la règle, l’homme naissait pécheur, devait absolument et immédiatement être baptisé pour effacer la faute de ses lointains ancêtres, il vivait dans le péché, et mourait dans la peur de la damnation éternelle. Les règles religieuses du judaïsme du VIe siècle avant JC (Lévitique, Deutéronome, Exode) étaient – et sont encore pour certains – une façon d’essayer d’éviter le « péché » (à cette époque on parlait plutôt d’impureté). D’autres rites sont apparus beaucoup plus tard, dans le christianisme, pour essayer de calmer l’anxiété des humains devant leur évidente imperfection. Parmi ces rites, on peut citer la confession des péchés et leur absolution par un prêtre, les « indulgences » papales, les prières et les pénitences pour implorer la protection des saints, de la Vierge, etc. Donc, le « péché originel » n’est pas d’origine biblique : si on lit le récit d’Adam et Ève dans le livre de la Genèse, on voit qu’il n’est pas question de « vie de souffrance », ni de « suivre Satan » (le texte dit clairement que le serpent était une créature et non pas Satan !). On voit aussi qu’il n’est pas question d’une malédiction qui se perpétuerait de génération en génération jusqu’à aujourd’hui. D’ailleurs aucun auteur, ni de l’Ancien Testament, ni du nouveau Testament, ne mentionne cette « souffrance ». Aucun auteur ne dit que nous devons « payer pour la faute des autres ». C’est une idée qui court les rues mais pas dans la Bible. Et en effet, le Dieu de justice de la Bible n’y est pour rien. Jésus et le péché Jésus n’est pas venu nous racheter, nous, du péché commis par d’autres. Cette idée est celle de Saint-Augustin, et on n’est pas obligé d’y croire. De même, Jésus n’a « racheté » personne. A qui aurait-il donc payé cet achat ? A Dieu ? Ou à Satan qui nous aurait tenus captifs ? Quelle idée ! A dire vrai, Jésus ne s’est pas tellement intéressé à nos péchés. On ne trouve pas beaucoup de textes, dans les évangiles, qui disent que nous avons tant de péchés que ça, et que Jésus ait fait quoi que ce soit à leur sujet. Quand il parlait de péché à quelqu’un, c’était pour lui dire que ceux-ci lui étaient remis. Jésus était plutôt focalisé sur tout ce qui nous aliène, nous opprime, nous écrase, nous empêche de vivre. Il est vrai que pour certains c’est leur culpabilité. Mais pour d’autres c’est une maladie intérieure, une dépression, ou l’oppression des intégrismes culpabilisants. Jésus nous a montré un Dieu qui n’exige pas de repentance ou de « réparation » pour les péchés que nous commettrions : - Jean 8 : la femme surprise en flagrant délit d’adultère, et menacée d’être lapidée par les intégristes juifs, se voit libérée par l’intervention de Jésus (« que celui qui est sans péché jette la première pierre ») sans qu’elle ait manifesté la moindre repentance. - Luc 5 : le paralysé descendu du toit : s’il a été amené par ses porteurs c’est sans doute pour être guéri, mais il n’a pas ouvert la bouche et n’a confessé aucun péché ; pourtant Jésus lui annonce le pardon de ses péchés. Il y a de nombreux autres exemples dans les évangiles. Quant à ceux dont les « péchés » ne seront pas pardonnés, Jésus l’a dit bien clairement : « Retirez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, j’étais étranger et vous ne m’avez pas recueilli, j’étais nu et vous ne m’avez pas vêtu, j’étais malade et en prison et vous ne m’avez pas visité. Ils répondront ainsi : seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison et ne t’avons-nous pas assisté ? Et il leur répondra : je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. »
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