Retour TéléchargerLe destin ...
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On a longtemps enseigné – et peut-être le fait-on encore aujourd’hui – que les protestants croyaient à la « prédestination », doctrine selon laquelle Dieu aurait déjà choisi celles de ses créatures qui seraient « sauvées » (entendez « admises au paradis ») et celles qui seraient « damnées » (en enfer). De ce fait, inutile de se comporter en bons chrétiens, de faire le bien autour de soi, on ne pourra rien y changer, il faut juste aimer son prochain parce que Jésus nous l’a enseigné. Mais cette idée d’un destin tout tracé, « écrit » depuis toujours, pour chacun de nous, suppose de croire en un Dieu tout-puissant et omniscient, qui déciderait de tout, des événements heureux mais aussi des guerres, catastrophes, maladies, famines, etc. image totalement incompatible avec celle du Dieu infiniment et inlassablement bon que nous fait connaître la Bible. Et également incompatible avec la libre décision humaine, que l’on voit s’exercer en permanence depuis Adam et Ève.
Dialogues G.R. : est-ce que le hasard existe, ou tout est-il dans la main de Dieu ? G.S. : si on reçoit sur la tête un pot de fleurs secoué par le vent, si on est passé là juste au moment où le vent a été un peu plus fort qu’avant, vous croyez vraiment que ce n’est pas un hasard, et que c’est Dieu qui l’a fait, ou qui l’a « permis » ? G.R. : d’accord ! Pour ce type d’événement, cette « rencontre » d’un pot de fleur et de la tête d’un passant n’est provoquée par aucune personne, fût-elle Dieu. Mais est-ce que cela ne revient pas à nier ce que l’on appelle la destinée ? G.S. : votre interrogation me fait penser à une question d’un internaute : Sommes-nous prédestinés ? G.R. : en effet, beaucoup de personnes croient que la vie et l’avenir sont prédéterminés par une force supérieure. Elles pensent que, de la conception à la mort, nous suivons tous un scénario écrit dans l’esprit de Dieu. G.S. : effectivement, certains se croient prédestinés. Dans l’antiquité, on avait des expressions comme « plaise aux dieux que … ». Plus tard, l’islam a répandu des phrases qui ont encore cours aujourd’hui, comme « inch’Allah, si Dieu veut » ou « mektoub, c’était écrit ». Et on entend aussi quelque chose d’approchant dans certains milieux chrétiens ou athées : « c’était son heure ». Mais je crois que Dieu est plus puissant que tous les déterminismes, tous les destins, et qu’il nous en libère. Comme l’écrivait l’apôtre Paul, « c’est pour la liberté que le Christ vous a libérés, ne vous laissez pas remettre sous le joug de la servitude ». G.R. : l’expression « tout est dans la main de Dieu », nous l’avons déjà rencontrée. C’est l’éternelle question du mal, de la souffrance qui serait voulue ou « permise » par un Dieu dont on nous dit par ailleurs qu’il est bon. G.S. : effectivement, et l’hypothèse selon laquelle il existerait une « destinée », un chemin tout tracé par Dieu pour chacun de nous, cette hypothèse ne devrait pas être prise en considération. Elle vient d’une confusion très répandue entre Yahvé, le Dieu de la Bible – que l’on peut aimer – et Zeus, le tout-puissant – qu’il n’était pas question d’aimer mais de craindre. G.R. : en dehors de cette croyance en un destin qui serait voulu par Dieu pour chacun de nous, il y a aussi cette idée que la Bible est la parole de Dieu, et une sorte de livre de prédictions sur le futur de l’humanité. On lit d’ailleurs souvent « prophéties » pour désigner ces prédictions. G.S. : le terme « prophétie », attribué aux textes de la Bible, désigne le fait que leurs auteurs , appelés « prophètes » étaient en relation spirituelle très étroite avec Dieu, et comprenaient le sens de sa Présence en eux. Ce même terme de « prophétie » utilisé aujourd’hui, surtout dans les sectes mais pas seulement, désigne le fait que Dieu aurait fixé à l’avance tout ce qui se passera dans l’avenir, et que certains hommes ou femmes (Nostradamus, Madame Soleil, Paco Rabane et bien d’autres) pourraient découvrir le dessein secret de Dieu, à partir de textes Mayas, bibliques, à partir de calculs ésotériques, etc. Pour aller plus loin… Avons-nous un authentique libre arbitre, ou n’est-ce qu’une illusion, Dieu ayant déterminé d’avance le cours de notre vie et son destin ultime ? C’est une des curiosités d’interprétation les plus fréquentes, avec l’idée qu’un Dieu tout-puissant déciderait de tout, même des maladies, des guerres et des tremblements de terre, et qu’en plus, il aurait déjà tout décidé de toute éternité dans les moindres détails. En réalité, depuis Adam et Ève, nous savons que Dieu est incapable de se faire obéir aveuglément, comme certains le souhaiteraient. Incapable ou simplement non concerné par cette vision dictatoriale d’un dieu qui ressemblerait plus au Zeus de la mythologie grecque, ou à la conception impériale romaine dans laquelle les opposants à l’empereur – lui-même déifié par ses sujets – étaient massacrés sans états d’âme. L’influence de la pensée grecque a eu de nombreuses conséquences sur la lecture de la Bible. Tout d’abord, la confusion entre deux religions, deux conceptions de Dieu ; cette assimilation est née au IIIe siècle avant JC, quand la Bible hébraïque a été traduite en grec à Alexandrie : la « Septante ». Dans cet ouvrage, le nom de Yahvé – qu’on ne devait plus prononcer – a été remplacé par le mot « Seigneur » (kyrie) ou « Dieu ». Aujourd’hui, beaucoup de gens empruntent à Zeus la qualité de « toute-puissance », de décider en détail de notre destin, et empruntent à Yahvé les deux qualités de « lutter contre le mal » et d’être « amour ». Mais les trois ne vont pas ensemble. Une autre confusion vient d’une spécificité de la langue hébraïque : dans l’usage des verbes hébreux, il n’y a pas les temps « passé », « présent » et « futur ». Il y a l’« accompli », utilisé pour les événements déjà réalisés, et l’« inaccompli » pour le futur, le présent, le conditionnel, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas accompli, ou pas encore. On traduit souvent, faute de mieux, l’inaccompli par un futur, il faut bien parler français. Mais cela peut faire croire faussement aux lecteurs que les prophètes parlent de l’avenir. Or, dans la Bible il n’est pas question de « prédire l’avenir ». En effet il n’y a pas de destin dans la foi judéo-chrétienne, et rien n’est « écrit », Dieu nous laisse libres, et même il nous délivre de tout esclavage, de tout destin. Et donc, les prophètes dans la Bible ne prédisent que très rarement l’avenir, ils disent la Parole de Dieu. Ils prédisent parfois l’avenir, mais seulement lorsqu’ils disent : « si vous continuez à vous détourner de Dieu, il se détournera de vous, il vous abandonnera à vos ennemis et la catastrophe viendra », et rien de plus. Tout le message biblique est pour dire que Dieu libère l’homme pour des décisions libres, qui ne sont en aucun cas soumises à un Destin quelconque comme dans les religions païennes. Quant aux voyants et astrologues, les seuls dans la Bible qui aient « vu » quelque chose (!) sont les mages dont Matthieu dit – ce qui a dû scandaliser ses lecteurs – qu’ils ont observé les astres et notamment une « étoile » qui leur a indiqué la naissance du roi des Juifs. L’astrologie était jusque-là punie de mort en Israël !
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