Retour TéléchargerLa prière ...
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Dialogues G.R. : beaucoup de questions sur la prière, il semble que cela intéresse, ou préoccupe, de nombreux croyants ! G.S. : c’est vrai ! Mais vous faites bien de remarquer que cela préoccupe les croyants, car on ne voit pas beaucoup les athées sur cette interrogation. G.R. : quelque part, c’est normal, non ? Parce que, quand on ne croit pas en un Dieu quelconque, on n’a aucune raison de se demander comment on pourrait le prier. Concernant la prière elle-même, quand j’étais collégien, on apprenait, en cours de latin, que « prier » venait du verbe latin « petere » qui veut dire « demander ». Est-ce que cela veut dire que c’est ça, la prière : demander ? Et demander à qui ? A Dieu, à Jésus, aux saints ? G.S. : vous n’y êtes pas ! D’abord, prier ne vient pas de « petere », mais de « precari » ! Mais la question n’est pas à rechercher dans l’étymologie latine, qui n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir avec les origines de la Bible. Prier n’est pas demander quelque chose à Dieu, en imaginant qu’il va faire ce qu’on lui dit. Ce n’est pas non plus le flatter en imaginant qu’il va être ravi qu’on chante ses louanges. Vous croyez vraiment que Dieu a besoin de nos flatteries pour se sentir exister ? G.R. : au catéchisme, on apprenait aussi que, pour bien prier, il fallait simplement dire « merci, pardon, encore ». C’est simple, ça, comme formule. G.S. : tout cela, dites-le à votre conjoint, mais pas à Dieu ! A Dieu, dites juste « merci », merci de la vie qui vous a été donnée, merci de la beauté de la création, merci des rencontres que vous avez faites tout au long de votre vie, etc. Ne demandez pas pardon dans vos prières, Dieu vous a déjà pardonné, essayez juste d’être meilleur, comme Jésus le dit à la femme adultère « va et ne pèche plus ». G.R. : maintenant, je voudrais vous soumettre une question qui m’a paru étrange : A partir du moment où le nombre de chrétiens diminue, peut-il y avoir encore des exaucements de prière ? Celui qui a posé cette question a lui-même choisi la réponse qui lui parlait le plus : " Il faudrait peut être comprendre que les critères divins ne sont jamais les mêmes que ceux des hommes. Par exemple, dans la Torah, Dieu choisit rarement l’aîné pour être son porte-parole, ni le plus beau, ni le plus fort, mais celui qui dispose du caractère le plus souple et le plus réceptif. De même, je ne vois pas, dans le nombre de fidèles, de gens respectant tous la volonté divine. Il est plutôt question d’un petit troupeau, d’un reste, de quelques hommes n’ayant pas fléchi le genou devant Baal (faux dieux, fausses doctrines). Moins il y a de croyants, plus ils sont fidèles. N’oublions pas les paroles de Jésus : « lorsque le fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur terre ? » Les grands troupeaux sont souvent victimes du risque de se croire dans la vérité, alors ils finissent par suivre les directives de la majorité, au détriment de leur réflexion personnelle. On a vu ce que cela à donné avec l’église catholique du moyen-âge. " Que pensez-vous de cette façon de voir la prière ? G.S. : parce que vous croyez vraiment que Dieu comptabilise le nombre de fidèles qui lui demandent ceci ou cela, en déduit le nombre de ceux qui demandent le contraire et « exauce » en conséquence ? Quelle idée de Dieu ! Dans quelle religion dit-on des choses pareilles ? Et de plus, la réponse choisie par votre intervenant est plutôt embrouillée, j’ai du mal à bien saisir ce que cela signifie. G.R. : à propos de religion, le « symbole des apôtres », le credo, j’hésite à le dire, le credo, ça me paraît difficile de le réciter. G.S. : alors ne le faites pas ; faites comme moi, pendant que d’autres le récitent, croisez les doigts derrière votre dos pour conjurer le mauvais sort ! Pour aller plus loin... Finalement, on se rend compte qu’on n’a pas vraiment de questions à se poser à propos de la prière. En fait, les choses sont beaucoup plus simples qu’il n’y paraît, même si beaucoup a été écrit et prêché sur ce point, même si beaucoup de conseils ont été donnés, et même si, de tous temps, on a appris aux jeunes catéchumènes à réciter le Notre Père sans se tromper. Prier n’est pas quelque chose à faire, c’est quelque chose à être Ce n’est pas une suite de demandes plus ou moins stéréotypées, destinées à indiquer à Dieu ce qu’il serait bien inspiré de faire, à l’égard d’un pauvre monde dont il s’occuperait de manière trop distraite, trop peu et de trop loin. La prière peut être l’arrêt tranquille que l’on fait un moment, dans nos activités de la journée, instant de méditation paisible, de contemplation silencieuse de la vie du monde, de réflexion sereine sur nous-mêmes et ce que nous voyons, ce que nous vivons, recueillement confiant dans la compagnie bienveillante de Jésus-Christ, qui nous fait voir les choses à sa manière, et souffle en nos cœurs le Souffle de Dieu. Moment de calme, de silence, de paix, où l’on pense calmement à soi, à la vie, aux autres, à Dieu …, moment de prise de conscience aussi. Prise de conscience du dynamisme créateur que la présence de Dieu fait monter en nous, et qui renouvelle le courage de continuer à vivre, et d’affronter les forces mauvaises en nous qui nous tirent vers le bas, malgré notre faiblesse et notre découragement. Ce courage nous rend un peu semblables à Jésus-Christ, et nous libère de notre pessimisme et de l’angoisse destructrice. Prise de conscience aussi de l’harmonie, de la paix intérieure, d’une « grâce » bienveillante, mobilisatrice et encourageante. Prise de conscience enfin de la fraternité universelle qui, dans le regard paternel de Dieu, nous unit aux autres hommes, aux animaux, et aussi aux plantes, à la nature, et comme dit le psaume : « à tout ce qui respire ». C’est aussi un moment où on lit la Bible, ou un autre livre, pour se mettre dans une bonne disposition d’esprit, une bonne « posture » comme on le dit dans le yoga. Il faut lire la Bible, et ne pas se laisser arrêter par ce qui paraît incompréhensible, choquant ou incroyable. Il faut plutôt lire de grands morceaux et laisser l’esprit de la Bible nous apaiser et nous dynamiser, nous rendre plus ouvert et fraternel avec les autres. Il ne faut pas chercher en quoi la Bible est « sainte Écriture », mais la lire paisiblement, dans son bain ou dans le métro. Prier n’est pas parler à Dieu, mais écouter ce qu’il a à nous dire Une phrase en forme de plaisanterie court sur internet : « une personne qui s’adresse à Dieu, on appelle cela un croyant. Mais si Dieu lui répond, on appelle cela un schizophrène ! » Si l’on redevient sérieux, la prière n’est pas, effectivement, « parler à Dieu ». Mais il faut prendre en considération le fait que cette expression peut être juste une image, un peu comme on dit « je vais interroger mon dictionnaire » pour dire qu’on va y chercher la signification d’un mot, ou « je vais interroger mon compte en banque » pour signifier qu’on va vérifier si l’on a ou pas les moyens de faire telle dépense. Dans cette acception, on peut très bien « questionner Dieu », ou la Bible, sans forcément aller jusqu’à lui parler à haute voix, et sans penser qu’il vous répond. Mais si l’on souhaite le faire quand même, et si cela nous aide à méditer, pourquoi pas ? Quant aux « réponses » que l’on attribue à Dieu, il faut nous en méfier car elles ne sont souvent que le reflet de notre caractère profond. Pour les recadrer, il est prudent et intelligent de les comparer aux paroles et aux actes de Jésus rapportés dans les évangiles. Prier, ce n’est pas appliquer une méthode toute faite Est-il critiquable de réciter des prières toutes faites ? Non, car tout le monde n’a pas la capacité, ni le désir, d’improviser des prières. Il y a aussi des circonstances où l’on a envie de se laisser simplement mener, conduire. Alors, lire une prière écrite par un autre, ou réciter l’une des grandes prières classiques, cela peut aider à prier, pourquoi pas ? L’important est que ce soit fait avec sincérité et pas mécaniquement, tout dépend alors de l’état d’esprit. Ne l’oublions pas, dans l’évangile on lit un conseil de prière donné par Jésus lui-même : Quand vous priez, ne faites pas comme les hommes faux. Ils aiment prier debout, dans les maisons de prière et au coin des rues, pour que tout le monde les voie. Je vous le dis, c’est la vérité : ils ont déjà leur récompense. Mais toi, quand tu veux prier, va dans la pièce la plus cachée de la maison. Ferme la porte et prie ton Père, qui est là même dans cet endroit secret. Ton Père voit ce que tu fais en secret et il te récompensera. Quand vous priez, ne parlez pas sans arrêt, comme ceux qui ne connaissent pas Dieu. Ils croient que Dieu va les écouter parce qu’ils parlent beaucoup. Ne faites pas comme eux. En effet, votre Père sait ce qu’il vous faut, avant que vous ne le demandiez . On peut d’ailleurs dire à peu près la même chose de la récitation du chapelet. Celle-ci ne peut pas faire de mal, mais uniquement si elle est pratiquée comme une sorte d’exercice spirituel. Si c’est juste un geste machinal, fait simplement pour éviter de laisser errer sa pensée, on peut le regretter, car cela ne conscientise pas, cela ne mobilise pas pour une action créatrice et dynamique, n’ouvre pas les yeux sur la réalité du monde et de la vie. Prier, c’est prier Dieu, et Dieu seul Un passage des Actes des Apôtres , racontant la lapidation d’Etienne, rapporte que celui-ci priait Jésus : Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : seigneur Jésus, reçois mon esprit ! Ce passage est curieux, car c’est la seule prière du Nouveau Testament adressée à Jésus. Dans le Nouveau Testament (comme dans l’Ancien, d’ailleurs) on ne prie que Dieu seul. Et effectivement, Jésus nous a enseigné à prier Dieu en disant « notre Père », et pas à le prier lui ! Finalement, il n’y a pas de « méthode », de « mode d’emploi » pour prier. Avant tout, il ne faut pas réciter par cœur. Dieu est un Père, on lui parle cœur à cœur. Si l’on a des enfants, on n’aimerait pas qu’ils s’adressent à nous avec des tirades apprises par cœur ! Et cela nous agacerait s’ils passaient du temps à nous flatter et à nous dire de manière stéréotypée tout le bien qu’ils sont supposés penser de nous ! Il est mieux de considérer la prière juste comme un moment de méditation. Méditer, c’est tout simplement se concentrer sur une seule chose ; dans la prière, on va essayer de se regarder soi-même, et de regarder le monde qui nous entoure avec le regard de Dieu. On ne va pas demander des choses à Dieu, on ne va pas lui parler, mais se recueillir avec confiance dans la compagnie bienveillante de Jésus-Christ qui nous fait voir les choses à sa manière. Il n’est pas nécessaire non plus de se mettre à genoux, ni d’aller dans un lieu particulier, une église, un temple. En effet, se mettre à genoux, c’est l’attitude qu’avaient, dans l’Ancien Régime, des sujets devant leur roi. Pour prier, on est très bien assis devant sa Bible ouverte, ou même couché dans son lit, et il est inutile d’aller dans un lieu de culte quelconque. On peut juste dire que l’atmosphère qui règne dans un lieu de culte est plutôt calme et sereine, propre en effet à la méditation, mais ce n’est pas dû au lieu, c’est simplement que les personnes qui y viennent le font dans un état d’esprit le plus souvent apaisé et tranquille. Le seul moment dans la Bible où Jésus nous dit comment prier, c’est pour nous transmettre le Notre Père. Lisons le Notre Père, dans la traduction de la TOB-Traduction Œcuménique de la Bible : Notre père céleste, Fais connaître à tous qui tu es Fais venir ton règne Fais se réaliser ta volonté sur la terre à l’image du ciel Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin Pardonne-nous nos torts envers toi, comme nous-mêmes avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous, Ne permets pas que nous soyons tentés Mais délivre nous de l’esprit du mal
« Mon Dieu, faites que je gagne au loto ! » Il est étrange de voir que la prière est souvent associée à une demande, demande qui va d’ailleurs s’accompagner d’une inquiétude métaphysique : « vais-je être exaucé ? » En réalité, on peut dire deux choses : Dieu ne tient pas un compte des fidèles lui adressant la même prière en même temps (pour la paix dans le monde, pour l’unité des chrétiens, pour le repos d’une âme), ni du nombre de prières qui lui sont adressées sur le même sujet ; et il semble donc inutile de le prier pour obtenir quelque chose. Quant à l’habitude de réciter des textes par coeur et en assemblée, elle ne correspond pas à ce qui est dit dans la Bible : on y lit souvent que « Jésus se retire pour prier », et d’ailleurs, dans les évangiles, Jésus mange beaucoup plus souvent qu’il ne prie ! On peut peut-être proposer de voir plutôt la prière comme un moment de méditation, où l’on prend le temps de réfléchir au monde qui nous entoure et à nous-mêmes, en essayant de le voir avec un regard ouvert et bon.
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