Retour TéléchargerJésus fréquentait volontiers les étrangers, les non-juifs, les personnes réprouvées ou «impures», mais on voit aussi beaucoup de femmes autour de lui. Et pourtant beaucoup de croyants prennent prétexte des écrits de Paul pour témoigner d’une certaine condescendance, à tout le moins, à l’égard des femmes. Mais Paul écrivait à son époque, dans le milieu qui était le sien, et cherchait à convertir ceux à qui il s’adressait, en évitant de les heurter par des enseignements trop « différents » ; de plus, il est probable que Paul connaissait finalement peu de choses de la vie et de l’enseignement de Jésus, ou qu’il les ignorait volontairement. On peut également remarquer, à la lecture de l’Ancien Testament, que souvent les prophètes – Osée par exemple – présentaient une image de Dieu parfois maternelle, bien loin du vieux barbu que Michel-Ange a peint dans la chapelle Sixtine. Et on ferait bien de se rappeler que c’est la femme qui, avec le concours de l’homme, crée la vie.
Pour être tenu au courant des publications sur ce site, cliquez ici...
La femme et la féminité ...
Dialogues G.R. : je suis un peu sidéré de la façon dont certains internautes considèrent la femme. G.S. : oui, et en plus, ceux dont vous parlez invoquent parfois des arguments bibliques pour justifier leur attitude ! G.R. : le grand classique dans ce domaine, c’est l’apôtre Paul : les femmes ne l’aiment pas à cause de ses écrits misogynes, et certains hommes en sont fort satisfaits pour la même raison. G.S. : l’apôtre Paul devait ménager les notables des villes auxquelles il s’adressait et il évitait donc d’être trop en opposition aux coutumes locales. Vous faites sans doute allusion à la phrase « Que les femmes se taisent dans les assemblées » ? G.R. : voilà effectivement une question sur ce sujet : Pourquoi l’apôtre Paul dans sa sagesse a t il interdit aux femmes d’enseigner et de parler ? G.S. : il n’y a pas que l’apôtre Paul qui disait cela : tous les éducateurs gréco-romains de l’époque disaient la même chose. On pense que, si l’apôtre Paul a repris cet enseignement traditionnel, qui ne va pas bien dans l’esprit de liberté du christianisme naissant, c’est parce que certains groupes propageaient une « liberté » qui suscitait le scandale. L’apôtre Paul voulait que l’on considère le jeune christianisme comme une religion respectable. D’autant plus que les persécutions commençaient à pointer le nez: on accusait les chrétiens d’athéisme, de débauche, de noyer des enfants, etc. G.R. : s’agissant des femmes, les questions des internautes ne concernent pas seulement la soumission. Il y en a aussi beaucoup à propos de leur virginité ! Par exemple, une femme doitelle être vierge pour se marier ? G.S. : quelle idée ! Pourquoi la femme devrait-elle être vierge pour se marier ? Et pourquoi pas l’homme ? G.R. : nous sommes d’accord ! Mais la virginité a l’air de tracasser beaucoup de gens. Ils ont l’impression que les religions chrétienne et musulmane en font grand cas. G.S. : je ne sais pas si c’est vrai pour les musulmans, car je ne suis pas musulman. Je ne sais pas si c’est vrai pour les catholiques, car je ne suis pas catholique. Mais je sais que ce n’est pas vrai pour les protestants, car la Bible ne dit rien de cette « vertu ». La vertu chrétienne, c’est l’amour du prochain. Et ce que je dis de la virginité, je pourrais le dire aussi de la « fidélité », car certains demandent si les femmes croyantes, juives, chrétiennes ou musulmanes, sont plus fidèles que les athées ; manifestement ceux-là s’intéressent plus à la fidélité des femmes qu’à celle des hommes ! Est-ce qu’ils n’ont pas honte ? G.R. : à propos du rôle et de la place de la femme, je me suis souvent demandé pourquoi il y avait si peu – voire pas du tout – de prophétesses. Est-ce parce qu’elles n’étaient pas écoutées, dans l’antiquité ? Et je ne parle même pas des prêtres ! G.S. : il y a quand même eu quelques femmes que la Bible nommait prophétesses (voir le chapitre « Prophètes et prophétesses »). Pour les prêtres, parlons-en. On a un exemple biblique d’une femme, Phoebe, qui était pasteur de l’Église locale de Cenchrées : l’apôtre Paul lui donne le titre, prestigieux à l’époque, de « diaconos », titre qui signifiait alors pasteur, et même apôtre : c’était un titre masculin, ce qui prouve que les femmes pouvaient exercer les mêmes fonctions importantes que les hommes. Et aujourd’hui, il y a, dans l’Église anglicane, non seulement des femmes prêtres en très grand nombre, mais aussi des femmes évêques. Ainsi c’est une femme évèque qui est actuellement présidente de l’Église américaine. Dans les Églises réformées, on ne dit pas prêtre mais pasteur : en France et ailleurs, il y a de très nombreuses femmes pasteurs, et même présidentes de Région. On en compte environ 25 % du corps pastoral et un tiers des nouveaux pasteurs. Et ailleurs, dans l’Église catholique romaine, on rapporte plusieurs excommunications d’évêques pour avoir ordonné des femmes, ce qui prouve que cela arrive. Il y en a peu mais on discerne une certaine pression dans ce sens. Pour aller plus loin… L’apôtre Paul Comme à tous les âges historiques, et sans doute à tous les âges de l’humanité – et donc dans la Bible – la femme a eu un statut avec des hauts et des bas, des périodes égalitaires comme des périodes de soumission. La première lettre de l’apôtre Paul aux Corinthiens est très significative à cet égard. On y trouve des exhortations tout à fait égalitaires, comme celle-ci : " Pour éviter une vie immorale, chaque homme doit avoir sa femme, chaque femme doit avoir son mari. L’homme doit faire son devoir de mari envers sa femme, et la femme doit faire son devoir de femme envers son mari. La femme ne peut pas faire ce qu’elle veut de son corps : son corps est à son mari. Le mari ne peut pas faire ce qu’il veut de son corps : son corps est à sa femme. " On le voit clairement, l’adultère n’est pas plus permis à l’homme qu’à la femme (bien entendu, les hommes n’en ont retenu que le volet qui les intéressait : « la femme doit faire son devoir de femme envers son mari » !) Autre exemple : " En effet, Dieu a fait la femme à partir du corps de l’homme. Mais l’homme vient au monde grâce à la femme, et tout vient de Dieu. " Et puis, à côté de ces paroles plutôt positives quant à la façon dont la femme est considérée par l’apôtre Paul, dans ce monde de culture grecque, on peut trouver ceci : " En effet, Dieu n’est pas pour le désordre, mais pour la paix. Comme cela se fait dans toutes les Églises chrétiennes, les femmes doivent se taire dans les assemblées. Elles n’ont pas l’autorisation de prendre la parole, elles doivent rester tranquilles et écouter, comme la loi le dit. Si elles veulent une explication, elles doivent interroger leur mari à la maison. Pour une femme, parler dans une assemblée, cela ne se fait pas. " Ces paroles ressemblent à de la misogynie à l’état pur, mais la lettre aux Corinthiens est la seule où l’on trouve ce genre de considération. On ne doit donc pas négliger l’hypothèse que les assemblées de Corinthe aient eu à souffrir de désordres particulièrement dus aux femmes, peut-être des sectes ou des réminiscences des bacchanales. Il n’empêche que l’apôtre Paul a fait une oeuvre énorme, dont on peut lui être vraiment reconnaissant, en répandant le message de Jésus dans tout l’Empire romain. Paul a aussi lutté avec beaucoup d’énergie contre l’obéissance soumise et infantilisante à la Loi de Moïse (circoncision, nourriture cachère, prières rituelles à heures fixes et en hébreu, respect du sabbat, etc.), ainsi qu’au culte sclérosé adressé à l’Empereur de Rome. En revanche, il a surtout cherché à conserver l’éthique traditionnelle et assez conservatrice des Stoïciens, notamment à l’égard des esclaves, des femmes, de l’éducation en général. Et lorsque certains groupes un peu étranges se constituaient – sans doute sous l’influence des cultes à mystères, comme les groupes dionysiaques – il s’efforçait de les calmer, car il craignait, à tort ou à raison, de déconsidérer le christianisme en laissant les esclaves chercher leur émancipation, ou les femmes se mettre à relever le nez ! Dieu, homme ou femme ? Michel-Ange, quand il a peint le plafond de la chapelle Sixtine, a représenté Dieu comme un homme, de race blanche, assis sur un nuage, etc. Dieu serait-il donc un homme ? Mais de nombreux exemples dans la Bible montrent au contraire une image plutôt féminine et maternelle de Dieu. Et d’ailleurs, le plus ancien et le plus important de tous les attributs bibliques figure au 2ème verset de la Genèse : « l’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux », or le mot esprit, – en hébreu « rouah » – est féminin. Le Dieu créateur serait donc féminin ? En tous les cas, il peut avoir des attitudes maternelles, comme dans le chapitre 11 du prophète Osée. Osée n’est pas seul à avoir discerné cette tendresse maternelle de Dieu. On la trouve ailleurs, dans la Bible, bien sûr, mais pas seulement. On trouve quelque chose d’approchant dans le Coran, où un des noms de Dieu est « Le maternant ». Il est probable, également, que les croyances celtiques très anciennes, préhistoriques, voyaient plus une déesse créatrice qu’un dieu « masculin ». Cette vision féminine et maternelle est certainement un archétype, une intuition très archaïque, inscrite dans l’esprit humain. Aux temps bibliques, les femmes ont eu un statut et un rôle qui différaient profondément d’une région à l’autre (influence grecque ou influence romaine), d’un niveau social à l’autre (les femmes de familles riches pouvaient être cantonnées dans leurs quartiers, parce que leur domesticité les libéraient des tâches, comme d’aller aux champs ou aux marchés), etc. Et puis, comme toujours, les « leaders », femmes y compris, apparaissent dans la Bible essentiellement aux temps troublés ; par exemple, Ésaïe définit une période agitée comme ceci : " un temps où les hommes qui dirigent écrasent le peuple et sont comme des enfants, et où ce sont alors des femmes qui gouvernent. " Marie-Madeleine Beaucoup de légendes et mythes ont été racontées sur Marie-Madeleine, elle aurait été l’épouse de Jésus, aurait été persécutée et jetée dans une barque sans voile ni rames, puis aurait vécu jusqu’à sa mort, trente-trois ans plus tard, dans la grotte de la Sainte- Baume, près de la ville de Saint-Maximin en Provence où, à demi-nue, elle lisait l’Évangile en contemplant une fiole de parfum ! Marie-Madeleine et sa fiole de parfum sont inséparables dans l’imaginaire collectif. Si on peut tenir pour probable qu’une fiole de parfum ait véritablement existé (!), en revanche le personnage de Marie-Madeleine a été composé à partir de quatre femmes différentes mentionnées dans les Évangiles : - Marie « de Magdala » : elle figure parmi les femmes qui étaient présentes lorsque Jésus fut crucifié, qui sont venues à sa tombe et furent témoins de sa Résurrection. Elle semble avoir été centrale dans le groupe des douze, mais la seule chose qu’on sache d’elle est la mention que Luc en fait dans la première partie de son Évangile : « Les douze étaient avec Jésus et quelques femmes … Marie de Magdala, Jeanne, Susanne … elles aidaient Jésus et ses disciples avec leur argent ». - Marie « dont on parlera toujours » : c’est la femme qui a versé un flacon d’un parfum de grand prix sur la tête de Jésus la veille de son arrestation. Jésus précise que, ce qu’elle a fait, le monde s’en souviendra toujours. - Marie soeur de Marthe et de Lazare : elle aussi verse du parfum sur Jésus, sur ses pieds et elle essuie ses pieds avec ses cheveux. - La pécheresse anonyme : Luc parle d’un certain pharisien appelé Simon qui convie Jésus à sa table, et d’une femme pécheresse qui, là aussi, verse des larmes puis du parfum sur les pieds de Jésus, à la grande réprobation du pharisien. A partir de ces quatre images de femmes s’est constituée la Marie-Madeleine de la légende. Et ces quatre femmes seraient bien surprises de se voir aujourd’hui représentées, par l’imagerie populaire, sous la forme d’une seule femme, Marie-Madeleine, les seins nus et vêtue seulement de ses longs cheveux, ne se séparant jamais de son vase de parfum, et souvent aussi d’un crâne qu’elle ne cessait de contempler ! Pour finir, l’examen des questions posées par les internautes montre quelque chose de curieux : la plus grande partie des questions posées – dont beaucoup, soit dit en passant, sont plutôt des affirmations – la plus grande partie des questions posées le sont par des hommes, très peu par des femmes. Serait-ce une préoccupation exclusivement masculine ?
D'autres liens Réflexions protestantes libérales Protestants dans la ville Accueil Contact

Site protestant libéral
Résister On Line