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Les personnes qui viennent visiter un temple protestant ont souvent cette réflexion étonnée : « il n’y a rien à voir ! » Et effectivement, on n’y trouve aucune statue, on y voit rarement des décorations, peintures, tapisseries, mais il s’y trouve toujours une Bible ouverte et aussi, depuis le XIXe siècle, une croix. Mais cette croix est vide, le symbole étant que Jésus est vivant et donc n’a pas à être représenté crucifié, avec des détails parfois un peu trop « réalistes ». C’est aussi parce qu’un Christ en croix donne à certains l’idée discutable et discutée d’un sacrifice douloureux et expiatoire, qui aurait été exigé par un Dieu cruel et vengeur, bien loin du Dieu que Jésus et les grands prophètes juifs nous ont fait connaître.
Dialogues G.R. : la croix est le symbole des chrétiens, mais on dit aussi que ce n’est pas le seul. G.S. : en effet, il y en a d’autres, par exemple les deux lettres XR (ΧΡ en caractères grecs) qui sont les deux premières lettres du mot Christ, ou JHS, les trois premières lettres de Jésus ; il y a aussi les deux lettres grecques Alpha et Oméga, et n’oublions pas le poisson ! G.R. : le poisson dont le nom, en grec iχθuς (ichthus), est l’acronyme de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Revenons à la croix : certains disent que la croix n’existaient pas au temps de Jésus, et donc qu’il a été, non pas crucifié, mais pendu à un poteau. G.S. : ce sont les témoins de Jéhovah qui disent cela. Chacun est libre de croire et dire ce qu’il veut, mais le supplice de la croix existait déjà, on a un graffiti dans une des catacombes de Rome caricaturant un chrétien en train d’adorer un homme crucifié avec une tête d’âne : c’est bien une croix qui est représentée. G.R. : d’ailleurs, quand j’étais au collège, on traduisait une plaidoirie de Cicéron qui reprochait à Verrès, préteur de Sicile, d’avoir commis des exactions, dont justement d’avoir crucifié un citoyen romain, crime parmi les crimes ! G.S. : de toutes les façons, que Jésus ait été crucifié ou pendu à un poteau ne change rien au caractère révoltant de son exécution. G.R. : des représentations de la croix du Christ, on en trouve partout, même dans les temples protestants, à ceci près que les croix que l’on voit dans les temples sont vides. Et je voudrais vous soumettre cette question qui me semble intéressante : Serait-il possible de déclouer une bonne fois pour toutes Jésus de sur sa croix ? Ne trouvez vous pas que sa représentation est un peu trop morbide ? G.S. : absolument. Certains ont parlé à ce sujet de « piété sanguinolente ». Les évangiles ne mentionnent la croix qu’en relation avec la résurrection. Le message chrétien, finalement, est résumé par l’affirmation que celui que Dieu a ressuscité n’était pas l’empereur, ou un grand et puissant personnage, mais un misérable crucifié. Les protestants mettent dans les temples une croix vide, signifiant donc cela. Mais contempler une croix portant un crucifié porte au dolorisme, et à l’idée fausse que Dieu aime voir souffrir les hommes. G.R. : pourquoi d’ailleurs trouve-t-on des croix dans les temples protestants ? Et est-ce qu’on y fait des signes de croix ? G.S. : on n’y trouve des croix que depuis le XIXe siècle. Le seul objet symbolique qui ne peut pas ne pas se trouver dans un temple, c’est une Bible. Et le seul objet fonctionnel que l’on doit y trouver, c’est une chaire pour la prédication, ou au moins un pupitre. Quant aux signes de croix, cela n’a rien d’évangélique, comme beaucoup de rites chrétiens, catholiques particulièrement, et comme beaucoup de dogmes, qui furent des « créations » souvent conciliaires ou papales. Personnellement, comme tous les protestants, je ne fais pas de signe de croix. Je trouve que c’est une attitude trop souvent superstitieuse : les footballeurs qui se signent en entrant sur le stade pensent peut-être que Dieu va dévier leur shoot maladroit pour le faire entrer tout droit dans les buts ? En même temps, il ne faudrait pas mettre ce geste en question sous prétexte qu’il n’est pas indiqué dans la Bible. Parce que la Bible n’est pas le catalogue de chaque geste à accomplir ou à éviter ! G.R. : j’ai une dernière question, liée à ce que je crois n’être qu’une légende : Est-il vrai que Pierre, l’apôtre Pierre, est mort en croix la tête en bas ? G.S. : je ne peux rien répondre, parce qu’on ne sait rien du destin de Pierre. La croyance selon laquelle il aurait été à Rome, y aurait été crucifié (la tête en bas ou autrement), qu’il aurait été enterré à l’emplacement du Vatican actuel, tout cela ne repose sur aucune donnée matérielle, aucune preuve d’aucune sorte. Ces idées viennent de l’église romaine, lorsque Constantin la légitima et la rendit officielle : l’empereur de Rome demeurait à Rome, était infaillible, etc. On a lancé l’histoire de Pierre. On aurait pu prendre Jacques ou l’apôtre Paul. Mais l’apôtre Paul était connu par ses lettres : on savait qu’il n’avait rien d’un organisateur et d’un gestionnaire. Jacques, quant à lui, avait été décapité assez tôt, on le savait aussi. Alors que, justement, on ne savait presque rien de Pierre, seulement qu’au début il avait eu de l’influence sur les douze. Voilà pourquoi cette histoire s’est répandue et perpétuée, mais ce n’est qu’une histoire, pas de l’histoire ! Pour aller plus loin… La croix est un symbole universel, une sorte de signe de ralliement et d’identification de la chrétienté. Il faut noter qu’elle n’a pas été ce signe symbolique dès la crucifixion de Jésus, pour deux raisons. D’abord, des cultures plus anciennes considéraient déjà la croix latine comme un symbole religieux et protecteur, en Inde, chez certaines tribus indiennes d’Amérique, etc. Ensuite, les chrétiens ne l’ont pas adoptée d’emblée, car ils ne voulaient pas attirer l’attention et les persécutions sur eux. Au début, ils utilisaient plutôt le poisson, et leurs détracteurs se servaient probablement de la croix pour les moquer, comme cette inscription montrant un chrétien en train d’adorer un homme crucifié surmonté d’une tête d’âne, avec la mention « Alexamenos adore son dieu » ! Finalement, c’est surtout après la conversion de l’empereur Constantin, au IVe siècle, que la croix est devenue le symbole chrétien par excellence. Le problème, c’est que ce symbole s’est chargé, avec le temps, de significations pas toujours souhaitables, et que des dérives parfois idolâtres se sont produites et se produisent encore. Signification de la mort de Jésus-Christ Il y a ceux qui croient – à la suite d’Anselme de Canterbury, un peu avant l’an 1100 – que le Christ a souffert sur la croix la punition méritée par nos péchés, et que cette « expiation » a apaisé la colère de Dieu. Cette théorie s’est développée au moyen-âge, où la société avait une structure hiérarchisée et pyramidale, le peuple, puis barons, comtes, princes, le roi, avec Dieu tout en haut. Époque d’orgueil, où ceux qui avaient du pouvoir sentaient leur colère s’élever contre les « offenses » des inférieurs. Un roi était plus facilement offensé qu’un comte ou qu’un baron. Il fallait « payer », « racheter sa faute », un peu comme une rançon. Anselme a présenté ainsi la mort de Jésus. A l’époque on comprenait très bien. Aujourd’hui non : aucun juge n’accepterait de condamner un innocent pour racheter un coupable. D’ailleurs on a supprimé la peine de mort, et Dieu n’est tout de même pas plus sanguinaire que les hommes ! Ce qu’a fait Jésus, dont nous lui sommes reconnaissants, c’est qu’il a combattu, au nom de Dieu, l’intégrisme des Pharisiens de son époque, qui enseignaient que Dieu nous approuve quand on respecte à la lettre les « commandements » rituels de la Loi : circoncision, règles alimentaires, prières, sabbat, etc. Jésus nous a fait connaître un Dieu qui attache toute l’importance à la compassion et la fraternité entre les hommes, et non à ces règles dont on peut se libérer. Il est allé jusqu’à la mort dans cette lutte terrible. Ce n’est donc pas la croix de Jésus qui nous libère mais son ministère. Pourtant, s’il avait cédé aux Pharisiens en voyant que les choses tournaient mal pour lui, s’il avait abandonné sa réforme « chrétienne », nous serions encore aujourd’hui prisonniers de ces règles « religieuses », qui nous détourneraient de l’essentiel : une religion de fraternité et d’humanisme. Cette conception – selon laquelle Dieu a envoyé son fils dans le projet d’être tué pour racheter les fautes des humains – est souvent enseignée et prêchée, mais elle ne correspond à rien de ce qui figure dans les évangiles. Un exemple tragique de cette croyance nous est donnée par le texte ci-après, rédigé par un internaute pour répondre à une question sur la crédibilité des évangiles : La notion de sacrifice expiatoire du Christ est le message central des Saintes Écritures, message sans lequel ces Écritures ne nous serviraient à rien puisque tout repose sur le sacrifice rédempteur de Christ pour le salut de l’homme. La vie terrestre de Jésus est un modèle pour le croyant. Mais elle ne peut en aucun cas nous sauver, si la foi dans son sacrifice expiatoire, qui nous lave de nos péchés, est inexistante. Mais il est bien préférable de s’en tenir à l’enseignement de Jésus, tel qu’il est rapporté dans les évangiles. Les superstitions La croix a-t-elle des pouvoirs particuliers ? Bien sûr que non ! Mais de nombreuses personnes le pensent ou s’interrogent à ce sujet. Une internaute nous dit que son père aurait trouvé par terre une croix – et en or précise-t-elle – le jour de sa naissance ; son propos est maintenant de savoir, non pas si cela signifie quelque chose, mais bien ce que cela signifie. La question est un peu … dérangeante, à tout le moins, d’autant que son prénom est d’origine musulmane. N’oublions pas non plus les innombrables « clous de la vraie croix », morceaux même, de la vraie croix, qui sont l’objet de vénération. N’oublions pas que la vue d’un crucifix est censée faire fuir les vampires ou les démons de l’enfer. Tout cela s’apparente à de la superstition et, comme toutes les superstitions, cela ne fait en général pas de mal, mais n’a rien à voir avec le message du Christ. La croix pour les protestants Les croix ont en majorité fait leur apparition dans les temples réformés au XIXe siècle, tandis que la plupart des temples luthériens en ont toujours eu une. Ce qui est typiquement protestant en revanche, c’est que ce sont des croix vides, pour désigner l’espoir de la Résurrection et de la victoire de Dieu, et non pas avec le corps de Jésus encore cloué dessus. On peut faire une mention de la fameuse « croix huguenote », qui est en fait semblable à la croix de l’ordre de Malte et à celle de l’ordre du Saint-Esprit. Cette particularité permettait aux huguenots, de l’époque des persécutions, de la porter en restant parfaitement neutres vis-à-vis de la loi. D’autant qu’à la forme caractéristique de la croix de Malte, on ajoutait quatre fleurs de lys pour faire bonne mesure. Les croix huguenotes comprennent aussi un pendentif en forme de colombe ou en forme de goutte, et les décryptages proposés pour ces symbolismes sont variables suivant les auteurs, et donc toujours un peu sujets à caution.
La croix, sacrifice expiatoire ?
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