Retour TéléchargerDialogues G.R. : ah l’amour, que de choses ont été écrites, dites, chantées, filmées, au nom de l’amour ! G.S. : encore faut-il savoir de quel amour nous parlons, il y en a de toutes les formes et pour tous les goûts. G.R. : je commencerais bien par l’amour du prochain : vous croyez vraiment qu’on arrive toujours à aimer son prochain ? Moi il y a des gens que je n’apprécie pas, certains même me sont franchement antipathiques, et pourtant, Jésus – d’après Matthieu – disait que nous devions quand même les aimer ! G.S. : attendez, il ne faut pas comprendre de travers ce qui a été dit. D’abord, Jésus n’a pas été l’« inventeur » du concept d’amour du prochain, les prophètes des temps anciens avaient déjà dit que Dieu ne voulait pas des sacrifices et des offrandes, mais qu’il voulait que l’on aide les veuves et les pauvres. G.R. : oui, mais en même temps, Jésus, c’était déjà du temps ancien, non ? G.S. : si vous voulez, mais je faisais allusion ici au livre du Lévitique de l’Ancien Testament (Lévitique 19 :18), et aux prophètes comme Ésaïe, Osée, Michée, etc. Ces écrits datent tout de même des VIIIe et VIIe siècles avant JC. Jésus a repris à son compte ces commandements d’amour et de charité pour les mettre au premier rang des commandements, vous connaissez la phrase « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toutes tes forces et de toute ton intelligence et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». G.R. : bon, on en revient à mon interrogation : comment puis-je me forcer à aimer ? G.S. : mais on ne vous demande pas de vous forcer à aimer, ce serait impossible, on ne peut pas se forcer à aimer, pas plus qu’on ne peut se forcer à croire. Aimer son prochain est un commandement de l’Ancien Testament, repris dans le Nouveau Testament et notamment par Jésus. Un sentiment ne se commande pas. L’amour dont il est question n’est pas une attitude émotionnelle mais une attitude pratique et concrète, proche du respect de l’autre. Non pas naturellement un respect immobile et passif du style « je te regarde mourir de faim avec respect », mais du respect actif : « je partage mon pain avec toi si tu as faim, et je ne me demande pas si j’éprouve pour toi des sentiments positifs ou négatifs ». C’est pourquoi les Églises chrétiennes organisent des repas pour les déshérités, des hôpitaux, des dispensaires, etc. destinés à tout le monde et à n’importe qui, et ne se bornent pas à dire aux gens qu’on les aime ! G.R. : c’est vrai, le mot amour a effectivement une multitudes de sens, alors est-ce qu’on ne pourrait pas dire « tolérance » à la place ? G.S. : non, tolérance, c’est prétentieux et arrogant. Mais vous avez raison, on n’a jamais trouvé de mot simple et satisfaisant pour traduire ce très beau mot grec « agapi » (beaucoup le prononcent à l’ancienne « agapè » ; en hébreu on dit « hassid »). On a pu lire « charité », « amour », « compassion », etc. mais rien qui convienne vraiment. Regardez cette question posée sur notre forum : La foi, l’espérance et … Quelle est la troisième des vertus théologales ? Le terme grec, si j’ai bien compris est agapi (aγaπη), qui signifie amour inconditionnel, amour du prochain, amour spirituel, etc. Mais quel terme pourrait-on trouver ? Meilleures réponses trouvées : La foi, l’espérance et l’aumône ; La foi, l’espérance et le don ; La foi, l’espérance et le don de soi ; La foi, l’espérance et le bonheur ; La foi, l’espérance et le salut ; La foi, l’espérance et la vie... On voit bien que l’amour du prochain n’est pas une chose simple ! G.R. : en fait, je me sens effectivement capable – enfin assez souvent – d’« aimer mon prochain comme moi-même ». Surtout si je m’aime moi-même, bien sûr, ce qui est une autre histoire. Mais le grand commandement de Jésus est aussi « tu aimeras Dieu de toute ta force et de toute ton intelligence », non ? Par ailleurs, il est souvent fait allusion dans l’Ancien Testament au fait de «craindre Dieu». Moi, je ne peux pas aimer quelqu’un que je crains. G.S. : le mot « craindre Dieu » est ambigu. Le terme hébreu signifie parfois, en effet, avoir peur (par exemple avoir peur d’un lion), mais lorsqu’il s’agit de Dieu, il n’y a pas trace de peur. Il s’agit du « saisissement » devant le sacré. Dieu n’a jamais demandé qu’on le craigne, ni qu’on l’adore non plus. D’ailleurs, lorsque des gens étaient effrayés par une apparition, l’ange disait « ne crains pas » : donc il ne faut pas avoir peur. Ceci étant dit, aimer Dieu n’est pas, dans la Bible, une attitude émotionnelle – comme un amoureux avec son amoureuse – mais l’attitude décidée de celui qui se sent en accord avec le dynamisme créateur et le projet de Dieu envers les hommes et le monde. Aimer Dieu correspond à se sentir en accord avec les paroles et les actes de Jésus qui révélaient Dieu. Par exemple, quand Jésus fait acquitter la femme adultère que les intégristes juifs pharisiens voulaient lapider, eh bien ceux qui décident de l’approuver et d’être de son côté peuvent dire qu’ils « aiment Dieu ». G.R. : d’accord, je comprends ce qu’est « aimer son prochain » et « aimer Dieu ». Mais eux ? Dieu ? Mon prochain ? Est-ce qu’ils m’aiment ? Est-ce qu’ils me le rendent ? G.S. : premièrement, n’essayez pas de me faire croire que vous êtes à ce point quelqu’un d’intéressé ! Et deuxièmement, Dieu nous aime comme un père (ou une mère bien sûr) aime ses enfants. Enfin, comme la plupart des parents aiment leurs enfants, il y a malheureusement des exceptions. Vous avez des enfants et vous savez bien qu’on ne se demande pas tellement s’ils sont «imparfaits» ou s’ils sont «compliqués». Mais vous êtes un père, paisible, dynamique, aimant et vous les aimez comme ils sont : « imparfaits » comme vous et moi, «compliqués» comme vous et moi. Et vous les soutiendrez, vous les protégerez, vous les encouragerez, vous serez de leur côté. Ils n’auront évidemment pas peur de vous, mais ils sauront recourir à vous dans leurs malheurs, leurs amours, leurs contrariétés, leurs problèmes. Et vous serez toujours là pour eux. Ainsi Dieu pour les hommes. Quant à l’amour de votre prochain pour vous-même, c’est à vous de vous faire votre propre opinion ! G.R. : bon, donc Dieu a bon coeur ! G.S. : Dieu n’a pas de coeur comme l’aurait un humain ! Le « coeur » dans la pensée hébraïque n’est pas, comme en occident, le siège de l’émotion, de l’amour sentimental, mais le siège de la décision libre et ferme. « Aimer Dieu de tout son coeur » ne signifie donc pas se laisser envahir par une émotion mystique, mais prendre la décision ferme d’entrer dans les vues de Dieu. Au passage, dans la Bible, on aime avec ses « entrailles ». On dit « ses entrailles furent émues ». G.R. : pour finir, je voudrais vous citer une question qui reflète une inquiétude, ou une révolte, que l’on entend et lit très fréquemment : le rapport entre Dieu et le mal. Lisez plutôt : Pourquoi un Dieu d’amour permet-il la souffrance depuis si longtemps ? G.S. : si vous pensez que Dieu « permet la souffrance », c’est que vous pensez sans doute qu’il aurait la puissance de l’éliminer, et qu’il le ferait s’il était amour. Cette association est impossible comme vous le sous-entendez bien : - si Dieu est bon et tout-puissant, il ne peut pas y avoir de mal - si Dieu est bon et qu’il y a le mal, il n’est pas tout-puissant - si Dieu est tout-puissant et qu’il y a le mal, il n’est pas bon Le problème est né au IIIe siècle avant JC, lorsque Alexandre le Grand a envahi le Moyen-Orient et y a introduit la pensée grecque, et qu’on a traduit l’Ancien Testament hébreu en langue grecque (la Septante). Le Dieu hébreu (Elohim), qui est bon, n’est pas tout-puissant. Par exemple, on lui désobéit souvent : le Pharaon n’obéit pas quand Dieu lui dit de libérer le peuple d’Égypte, et il faut les dix « plaies d’Égypte » (dix !) pour le faire changer d’avis. Le Dieu grec (Zeus), lui, n’est pas bon mais il est tout-puissant : il a la foudre en main et on ne peut pas lui désobéir, même un seul instant, sans se faire foudroyer. Quand les Septante ont traduit «Elohim» par «theos» (Dieu hébreu traduit par Dieu grec) et «Yahvé» par «Kyrie» (Seigneur, ce qui était le titre de Zeus et de l’empereur), ils nous ont embrouillés, et cette confusion dure jusqu’à aujourd’hui dans certaines parties de l’église catholique (la liturgie de la messe) et dans les Églises évangéliques. Pour aller plus loin... L’apôtre Paul affirme de façon claire quelles sont les trois vertus « théologales », dans sa première lettre aux Corinthiens, chapitre 13 : "Maintenant, trois choses sont toujours là : la foi, l’espérance et l’amour. Mais la plus grande des trois, c’est l’amour." Autrefois, on disait la foi, l’espérance et la charité, mais aujourd’hui le mot charité a souvent une connotation un peu hautaine, condescendante. Alors, on dit plutôt « la foi, l’espérance et l’amour ». Mais, du coup, ce n’est pas très clair. Comme disait Coluche, « l’amour, c’est la seule religion où il y a beaucoup plus de pratiquants que de croyants », au contraire des autres religions où il y a plus de croyants que de pratiquants ! Le terme grec « agapi » (aγaπη) recouvre alors de nombreuses facettes (voir le chapitre « La Foi, l’Espérance et la Charité » page 203). Dans ce chapitre, nous n’allons pas envisager toutes les formes d’amour, évoquons seulement l’amour de Dieu pour les humains, puis l’amour du prochain. L’amour de Dieu pour les humains Commençons par parler de l’amour que Dieu nous porte. Dans le livre d’Osée, au chapitre 11, nous trouvons ceci : " Pourtant, j’ai appris à marcher à Éphraïm en le tenant par les bras. Mais il n’a pas compris que je prenais soin de lui. Je l’ai guidé avec douceur, j’étais attaché à lui par l’amour. J’étais pour lui comme quelqu’un qui soulève son petit enfant tout contre sa joue. Je me baissais pour lui donner à manger. " Ce très beau texte nous montre un Dieu auquel on n’est pas habitué, un Dieu maternel, ou maternant. Quel contraste avec le Dieu cruel, jaloux, colérique, terrifiant que l’on peut apercevoir dans certains textes ! Et cela ouvre grand la voie vers la miséricorde, la charité, le refus du jugement. Et donc, vers l’idée d’un Dieu qui a de la tendresse pour nous. L’amour de son prochain Beaucoup de choses ont été écrites, à toutes les époques, sur le sujet de l’amour du prochain. Mais que veut dire « aimer son prochain comme soi-même » ? Aimer son prochain, on voit bien, c’est « avoir miséricorde », c’est-à-dire prendre soin de l’autre, avoir le coeur sensible à son malheur. Bien souvent, d’ailleurs, ce n’est pas sa faute, à l’autre, s’il est dans le malheur, c’est simplement … la faute au malheur lui-même, la faute à pas de chance, comme on dit. Et « qui est notre prochain », ou plutôt « de qui sommes-nous le prochain », ça, nous le comprenons bien aussi, c’est une question à laquelle Jésus a déjà répondu (parabole dite « du bon samaritain »). Alors, c’est le « comme toi-même » qui est souvent mal compris, « aime-le comme toi-même ». Le mot « comme » peut signifier juste une comparaison, « aime-le comme si c’était toi », mais alors, que se passe-t-il si l’on ne s’aime pas beaucoup, ou pas du tout ? Cependant, si nous lisons les textes plus à fond, plus subtilement, nous voyons « aime ton prochain certes, mais aime toi toi- même aussi ! ». Trop de gens, influencés, formatés par certains prédicateurs, certains moralistes, trop de gens ne s’aiment pas, se frappent la poitrine en se disant « je ne suis pas digne », « je suis mauvais », « je ne mérite pas… », alors comment veut-on que ces personnes, plongées comme elles le sont dans la déploration, comment veut-on qu’elles puissent aimer, si elles ne s’aiment pas elles-mêmes ? Nous l’avons déjà vu, « aimer » ne fait pas référence à un sentiment, à un affect ; on ne peut pas aimer sur commande, simplement parce que la Bible nous demanderait de le faire. On ne peut pas, par exemple, aimer quelqu’un qui nous serait antipathique, ou qui nous ferait du tort. C’est vrai, il y a quelques passages dans la Bible où aimer désigne un sentiment : par exemple, Jésus aime Lazare, mais c’était son ami. En général, ce mot commande juste d’avoir une attitude positive qui aide l’autre à vivre, même s’il ne nous est pas sympathique : par exemple, on peut parfaitement faire un don au Secours Populaire ou à la Cimade, alors qu’ils s’occupent de gens souvent sympathiques, mais parfois non. On peut, tout aussi naturellement, dans un bureau, un atelier ou une cour d’école, prendre la défense de quelqu’un, même s’il est antipathique, ça arrive... Tout cela pour comprendre que la « troisième vertu » (charité – amour – affection – compassion – miséricorde, etc. comme on préfère) est faite de multiples facettes. C’est compliqué mais soyons réalistes, nous sommes capables, grâce notamment à l’enseignement de Jésus et des grands prophètes, de faire en sorte que les enfants perdus ne le restent pas, ou le soient un peu moins, et que d’une certaine façon, ceux qui sont perdus soient retrouvés.
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Charité, amour, miséricorde ...
Il est impossible de recenser toutes les utilisations du mot « amour ». Parce qu’enfin, n’importe qui peut utiliser ce mot pour dire qu’il aime son conjoint, le travail bien fait, le foie gras et la lecture de la Bible ! Ceci étant dit, l’évangile nous dit bien que le commandement qui prime sur tous les autres est d’aimer notre prochain. Et si nous sommes capables d’aimer notre prochain, c’est que, comme le disait Paul Tillich, « être sauvé c’est découvrir que quelqu’un nous aime ». Ce « quelqu’un » qui nous aime, c’est Dieu, cette force qui est en nous, et il nous aime, même s’il n’a pas le pouvoir d’empêcher les maladies et les guerres, ni de nous faire gagner au loto !
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